- LA RÉFORME FISCALE 135 matique entre ces deux facteurs : loyer et revenu. La taxe sera calculée de telle sorte que le revenu présumé croîtra beaucoup plus vite que le loyer, mais il n'en restera pas moins que l'assiette de la contribution restera fausse et injuste, parce qu'elle se ramènera à un axiome fiscal· reconnu généralement erroné. Pour ccl1ircir notre pensée, il suffira de signaler deux cas qui se reproduisent à l'infini : celui du célibataire, opulent ou aisé, qui n'occupe qu'un petit appartement; celui du t:ommerçant ou de l'ouvrier chargé de famille qui consacre à son habitation une large part de ses profits ou de ses salaires. Pour être juste, l'impôt doit être personnel, fondé sur le revenu vrai, non sur le revenu présumé. La réalité <les taxes qui est depuis dix ans la formule inébranlable de la fiscalité conservatrice, est, au contraire, la source des inégalités et des abus. Le parti radical essaie vainement de masquer sa volte-face en parlant de transaction. En substituant la -contribution d'habitation à la contribution personnellemobiliè1:e et aux portes et fenêtres, il prend à son compte un stratagème politique qu'il avait jusqu'ici condamné; il capitule devant la réaction, dont il épouse toutes les querelles. Dans l'ordre pratique, un argument de haute valeur vient encore renforcer notre opposition. Le systcme des impôts directs a été ébranlé à fond par les attaques qu'il a subies durant les deux dernières législatures. L'opinion quasi-unanime exige un changement. Tant qu'aucune modification n'aura été votée, elle persistera dans ses réclamations. Ut1 replâtrage serait de nature à l'abuser; l'adoption du projet Brisson-Peytral entraînerait pour quelque temps, sinon l'extinction, du moins l'affaiblissement du courant réformiste qui s'est manifesté dans tout le pays. L'on aura plus de mal à réagir contre la nouvelle forme de l'impôt ou plutôt contre l'ancien impôt à formule transformée, que contre les taxes actuelles dont chacun souffre et que nul ne défend. Beaucoup de gens, avant de protester, soit patience exagérée, soit défaut de lumières spéciales, at~endront les effets de la loi. Et ainsi plusieurs années s'écouleront ou l'on tentera vainement de réorganiser le mouvement pour l'impôt du revenu. Il convient de profiter de l'universelle hostilité que soulèvent nos taxes directes pour forcer les résistances intéressées et soutenir contre les ministres radicaux eux-mêmes la formule dont, jusqu'en 1897, ils s'étaient proclamés les intraitables champions. * * * La con~eption que nous nous faisons de la taxe du revenu, fondée sur la déclaration, n'est pas celle que Doumer proposa à la Chambre
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