134 LA REVUE SOCIALISTE finances de l'opportunisme, qui a joué un étrange rôle dans la crise récente, et qui, exclu d'une combinaison a laquelle il s'attachait avec la dernière énergie, lui aura du moins imposé ses propres idées en politique fiscale. Le parti socialiste combattra vigoureusement la contribution d'habitation : en vertu de ses principes, de sa méthode d'action parlementaire ( 1), il doit prodiguer ses efforts pour l'écarter. Dans l'ordre théorique, la voter serait déroger à nos traditions, à la justice; dans l'ordre pratique, la laisser triompher constituerait une faute de premier ordre. Nous avons contre la contribution d'habitation tous les griefs qui ont étè a maintes reprises formulés contre notre système d'impôts envisagé dans son ensemble. Elle ne tient pas compte des facultés des contribuables; elle repose sur une fiction sans valeur; elle n'est, à vrai dire, qu'un remaniement tout de façade de la personnelle-mobilière; organisant la même inégalité inévitable dans la taxation, elle participe à tous ses vices. Comme la personnelle-mobilière, la contribution d'habitation restera impôt de superposition; le petit commerce continuera à payer a la fois la taxe des loyers et la patente ; la classe rurale cumulera le nouvel impôt avec l'impôt foncier, et si, par aventure, la législation de M. Peytral organisait un dégrèvement, il serait insignifiant : le grand commerce, la grande industrie, la grande agriculture rendront un peu plus qu'aujourd'hui, - et encore n'en sommes-nous pas certains - mais leur quote-part restera toujours en deça du chiffre qu'exigerait une approximation d'égalité fiscale. Plus loin, en montrant comment nous compre 0 nons l'impôt du revenu, quelle extension nous prétendons lui donner, nous serons amenés a prouver que seul il peut réellement dégrever la terre et la petite industrie. Ici, c'est sur le principe même des indices extérieurs que nous voulons porter notre examen. Un système d'imposition qui met à sa base le loyer, qui le consi- • dère comme le critérium exclusif du revenu, de la fortune des citoyens, sera forcément entraîné aux plus extraordinaires injustices dans son application. L'axiome sur lequel est fondée la personnellemobilière : le loyer est un indice des ressources annuelles des citoyens, a fait son temps et nul ne saurait le soutenir sans atténuation. Nous entendons bien que Brisson et Peytral, après leurs prédécesseurs opportunistes, apporteront une légère modification a la législation actuelle, par l'introduction d'une échelle graduée. On n'établira pas une stricte proportionnalité, une relation rigoureusement mathé- (1) Déclaration de Viviani au nom du groupe, 30 juin 1898.
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