' LA RÉFORME FISCALE 133 en 1896 et que la majorité avait acclamées, n'ont pas été subits et sans préparation. Ceux qui ont cru à un reniement brusque, et pentêtre momentané, oubliaient les paroles prononcées, il y a douze mois déjà, soit dans l'enceinte parlementaire, soit au dehors, par plusieurs des ministres d'aujourd'hui. Nous nous bornerons à signaler deux faits notables : en juillet 1897, Cavaignac qui jusqu'alors s'était fait le champion de la contribution du revenu entendue au sens classique, déposait une proposition qui admettait la taxation d'après les indices extérieurs et ne comportait la déclaration qu'à titre facultatif et accessoire. Trouillot, devenu depuis l'un des grands hommes de son groupe, défendait de même l'imposition sur les signes extérieurs. D'autre part, Bourgeois, à la veille des élections, le 4 mai 1898, prononçait à Châlons un discours d'où nous extrayons ces lignes : ' « Je déclare accepter la taxation sur les signes extérieurs, de sorte que la déclaration du contribuable soit toujours pour lui facultative, c'est-à-dire un moyen qe réclamation et de défense. >> On le voit, la volte-face des leaders radicaux a été lentement et savamment ménagée. Certains mouvements tournants n'ont pas été notés avec assez de précision : aussi croit-on aujourd'hui que l'abandon de l'impôt du revenu, ancienne manière, s'est opéré d'un seul coup, alors qu'au contraire toutes les transitions ont été sauvegardées. Il n'en reste pas moins que la mixture dont les bureaux des finance, achèvent à cette heure l'élaboration, n'aura plus rien de commun avec la législation fiscale que MM. Bourgeois, Cavaignac, Trouillot préconisaient, il y a deux ans, et qui était toute la raison sociale du radicalisme. * * * Nous ne connaissons naturellement que dans ses grandes lignes et par la déclaration ministérielle reproduite ci-dessus la conception du cabinet en matière fiscale. En somme, on nous offrira? en octobre, la iubstitution d'une contribution d'habitation quelconque à la personnelle-mobilière et aux portes et fenêtres. Ce sera une réédition plus ou moins modifiée des diverses propositions dont les opportunistes ont saisi la Chambre en ces dernières années. Le projet Brisson-Peytral ressemblera à peu de chose près aux projets Burdeau, Ribot, Cochery, comme au projet dressé en 1896 par la commission du budget, en réponse aux articles de loi que Doumer avait rédigés. MM. Peytral et BrissOf! n'auront même qu'un droit très contestable d'apposei: leurs signatures sur le texte qu'ils soumettront au Parlement. Ils l'ont reçu tout fait de M. Delombre, le futur ministre des
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