132 LA REVUE SOCIALISTE avant-garde déguisée du cléricalisme, devait entraîner nécessairement l'abandon des réformes les plus mûres. Comment regarderait-on vers l'avenir, quand on est furieusement ressaisi par le passé? En présence des capitulations scandaleuses du cabinet, une déclaration s'impose. Le parti socialiste, qui a voté plusieurs fois pour M. Brisson, à l'heure ou ses préférences étaient encore douteuses, a dès à présent repris toute sa liberté. Nous ne nous reconnaissons plus aucune solidarité avec quelque fraction parlementaire que ce soit; le silence plutôt bienveillant que nous avions gardé est rompu de par le plus impérieux des deYoirs. Serviteurs de l'idée démocratique, dans la totalité de sa compréhension, nous défendrons contre le ministére lui-même ks initiatives qui eussent dû rester son partage, qui ne découlent pas directement de la théorie socialiste, mais qui du moins achemineront le pays vers plus de liberté et de justice. Nous concentrons aujourd'hui, nous avons le droit de le dire, et à l'exclusion de tout autre parti, la plénitude des aspirations républicaines. Ces simples considérations expliquent l'attitude que nos amis prendront dans les discussions sur la réforme de l'impôt. * * * Dans la dcclaration du 30 1u1111898, le gouvernement annonçait en ces termes le dépôt d'un projet de loi relatif à la refonte des contributions directes : « Nous vous demanderons de supprimer la contribution personnelle-mobiliere et l'impôt des portes et fenêtres et de les remplacer par un impôt sur le revenu qui, fo11dé rnr lessig11eesxtérieursde la fortu11e,sansvexation 11i i11.ptisitiod1'1aucu11esorte, sera degressif de manière à assurer à la masse des petits contribuables de larges dégrévements, allant même jusqu'a une exemption à la base. » Trois interruptions caracteristiques ponctuèrent cette lecture : M. Julien Goujon s'écria:« Ce n'était pas la peine de nous combattre. » M. Paul de Cassagnac : « C'est la premicre capitulation. » Une voix au centre : « C'est la faillite. » La gauche et l'extrême-gauche accueillirent ce passage de la déclaration par un silence glacial. M. Brisson ne gardait plus rien de la formule logique et nécessaire de l'impôt sur le revenu. L'évolution des chefs du parti radical (car ils n'ont pas entraîné le radicalisme tout entier) vers une conception fiscale surannée et illusoire, l'abandon des idées que Doumer avait soutenues a la Chambre
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