La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

/ ~OTICES BIBLIOGRAPHIQUES 125 voy,1ge, l.1 face pale à jamais attnstee par le souvenir des morts. Il y a dans ces souvenirs, à côté de renseignements précieux et inédits sur les journées révolutionnaires et les conflits des partis, des pages délicieuses où se reflète l'âme du . grand poète de bonté et de sensibilité qu'est Louise Michel. Et cela suffirait, sans l'intérêt historique que presente le volume, i lui assurer un immense succi:s. Le quarantième fauteuil, par HENRï M1c11EL.r vol. in-r6, 3 fr. 50 (Hachette). - L'auteur a trouni un mot charmant po.ir définir la nature des portraits d'académiciens qu'il nous présente. « Cc sont, nous dit-il, de simples i11sfn11/anés ». La photographie des :ic:idémiciens le jour de leur réception, photogr:iphie de leur œuvrc autant que de leur attitude prise h:itivement pour les colonnes du Te111ps où ces portraits ont parn, telle est en effet la matière de ce volume. Toutefois, nous soupçonnons M. Henry Michel d'un peu de coquetterie quand il s'excuse des défauts inhérents :, une publication :rnssi h.iti,·e que celle de ces études « parues quelques heures :iprès la sbncc ». t.fais, comme il dit très bien, « le temps ne fait rien à l'affaire ». Ces études sont d'un grand ch:1rme, et c'est l'essentiel. Richelieu à Luçon, sa j1nmesse, son épiscopat, par l'.1bbé LArno1x, aumônier du lycée lltichelet. 1 vol. in-18, 3 fr. 50 (Lccoffrc). - Je note la qualité de !"auteur, parce que les jeunes ouailles de Michelet, si clics lisent ce volume, seront passablement surprises de l'indulgence que professe leur aumônier pour un faux serment prêté par Richelieu devant le pape Paul V, qui semble ne pas avoir tenu rigueur an grand .:ardinal de s.1 simulation. L'abbé Lacroix raconte, en effet, que Richelieu étant allé :i Rome solliciter une dispense pour l'épiscop:it, afin de l'obtenir plus rapidement, il se servit de l'acte de naissance de son frère :igé de deux ans de pins que lui et le produisit it l.1 cour papale qui se trou,a ainsi avoir consacré un autre qu'Armand du Plessis de Richelieu. Un certain abbé de Saint-Germain, contemporain de Richelieu, racontant l"afT.tire, l'appelle « un tour de l.i souplesse de son esprit». Et l'abbc Lacroix dit qu'il n'y a pas :\ se montrer plus rigoureux que ne le furent les gens de ce temps et le p:1pe lui-méme . .Peut-être les élèvres de r.Iichclet trouveront-ils que l:t morale des papes de cc temps était fort rel:ichée ? . ,....Mais il faut savoir gré à l'abbé Lacroix de n'avoir pas tu l'anecdote, qui n'ajoute ni n'ôte rien it la formidable figure de Richelieu. L'auteur s'est attaché il rctr:1cer son administration épiscopale :i. Luçon et son étude est intéressante, parce qu'elle contient des renseignements précieux sur les relations existantes alors entre catholiques et protestants, fort nombreux dans cette région convertie depuis par les ordon11:rncesdu roi et le sabre des dragons. Légendes et archives de la Bastille, par FHANTZ FuNCK-BRENTANO,préface de Victorien S:trdou, r vol. in-16, 3 fr. 50 (Hachette). - La Re:u11Seocialiste a signalé dans le temps, quand elles parurent dans diverses revues, ces études de M. Brentano et nous avons même critiqué assez rigoureusement l'esprit dans lequel M. Frantz Funck-Brentano a entrepris ses recherches. Ainsi que l'indique le titre générique, Ligmdes el Archives, l'auteuroppose la vérité historique (ou ce qu'il croit tel) reconstituée sur les documents et les pièces officielles de l'époque aux récits terrifiants qui ont fait de la Bastille l'épou,·an• tail mystérieux de la génération qui l.1vit tomber et de celles qui ont suivi. M. Fr:111tz Funck-Brentano a tiré de leur poussière les archives de la célèbre prison d'Etat et pièces en main nous montre que le n.'· gime. sous le rapport de l.1 nourriture et du confort, constituait 1111 véritable éden, un lieu de repos, un asile tranquille où le poète et le littérateur pouvaient se délasser !t loisir. Je conviens qu'ayant traversé pas mal de prisons dans 111011 pays, les prisons d'aujourd'hui sont loin de présenter ks agréments qu'offrait la B.1stille et surtout les facilités d'évasion qui permirent it Latude et :\ bien d'.1utrcs de s'enfuir. Qu'est-ce à dire? I.e dix-neuvième ~ièclc aur.tit-il rétrogradé sur le dix-huitiemc et les sévérités de la répression seraient-elles plus excessives aujourd'hui qu'alors? M. Sardou, dans sa préface, M. FunckBrentano dans son livre, ne sont pas loin de le donner :1 entendre. L~ vérité c'est qu'en matière de répression comme en toute autre, l'arbitraire dominait et que les criminels n'étaient pas plus égaux devant la prison que de,·a11t la loi. La Bastille ét.tit un lieu de détention où l'on enfermait les membres de la classe privilégiée et les nobles gu les ri.:hcs bourgeois qui y so!journaient, insensibles aux av.:intages exceptionnels dont ils jouissaient, ne maudissaient pas moins leur geôle que si elle eût été une prison de manants. La légende n'a pas d'autre origine et le peuple qui prit la Bastille accomplit cc jour-lit un acte sym boliquc dont la grandeur échappe it M. Sardou et:\ M. Hrentano. Ces observations faites, le line est intéress:int, abondant en anecdotes finement contées p:tr un érudit qui sait mettre en valeur les documents et les faits. La légende du Masque de Fer et de Latude, la description de la vie a la Bastille, sont des récits attrayants comme un roman bien fait. Qu'est-ce que l'Art 1 par Li':oN T0LsTo1, traduction Halperine, r vol. in-18, 3 fr. 50 (Olkndorlf). - Avant même son apparition, des fragments importants de Tolstoï avaient fait le tour de la presse eu-

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