La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

MOUVEMENT SOCIAL III <lente curiosité qui poussa vers l'.:tude des problèmes sociaux, après l'apaisement des troubles boulangistes, la jeunesse de nos grandes Écoles parisiennes; et il faudrait révenir aussi sur la situation réciproque de l'enseignement (officiel ou libre) et des études sociales entre les années 1890 et 1896. Je ne puis guère entrer dans le détail. En France, au surplus, la situation se résumait très simplement par un « état " d'ignorance réciproque et tantôt inconsciente tt véridique, tantôt volontaire, hostile, et selon les réactions <le la politique ou du « fait-divers ", poussée de la défiance à la défense ou au dédain. Quelques maitres, isolément, luttaient contre l'ignorance, et, peut-être, ne pouvaient lutter contre le parti pris. Quelques enseignements, excellents et dissociés, portaient courageusement le poids des études sociales éparpillées entre quatre ou cinq chaires sans lien normal et sans lien de fait. Un « cours » d'enseignement supérieur se voyait attribuer (sous deux ou trois formes, d'ailleurs analogues) le gros paquet des sciences sociales ou des questions mises it l'étude sous cette étiquette assez vague et extrêmement commode : sciencessociales, par l'expérience ou l'hypothèse des dix ou vingt dernières années. Le professeur, retire, ou refoulé, et dans tous les cas dépareillé dans son enseignement, subissait avec inquiétude l'étrange mission de débrouiller it lui tout seul ce formidar,le tas de constitutions, de systèmes, de philosophies transcendantes, de naïves misères, d'iniquités, de révolutions et de codes, dont l'histoire dépose les mémoires aux archives des sociétés. Débordé par la « matière ", le profosseur se rési~ gnait, n'abordant qu'un point, it s'y tailler un lot; le lot paraissant d'autant plus étriqué que le. professeur était plus lo:(al et plus savant, et par suite : les questions sociales, et en général toute espèce d'études sociales, inabordables dans l'ensemble, circonscrites par la légitime prudence de la chaire, restaient pour le gros du public et même pour des publics d'école des questions indépendantes et des études séparées de la chaire, détachées de la science, accaparées par la discussion tapageuse, matière de clameur aux réunion5 publiques ou de « dcveloppement » pour les séances solennelles de l'Institut et les « grandes séances » du Parlement. Des efforts partiels absorbaient infiniment de dévouement, de courage, de savoir, et aboutissaient à des résultats très minces, ou très lents. Hors de France, l'enseignement des sciences sociales n'existait il titre d'enseignement universitaire que dans les uni\'ersités allemandes. Extrêmement flottant et divers, cet enseignement comprenait des morceaux d'écoles, des noyaux de « ·séminaires », des systèmes et des méthodes en contact, ou en conflit, ou point de méthode ni de système; par suite tous les tâtonnements, les essais, le chaos d'un enseignement en devenir (1). - En Italie, l'Ecole des Sciences sociales de Florence (2), fondée et dotée par M. le marquis Alfieri, se transformait, par une évolution singulière, en école préparatoire aux carrières « libérales » pour jeunes gens de bonne maison. - En Angleterre, l'Ecole de M. Sidney \Vebb n'existait pas encore. Ouverte presque en même temps que le Collège libre des Sciences Sociales (3), cette Ecole d'ailleurs, autant que l'on en peut juger jusqu'ici, parait moins une école d'enseignement social réel qu'un institut d'application pour apprentis-hommes d'Etat, « \\'higs » ou radicaux. - En Belgique, on trouve comme en France à la même heure quelques chaires dispersées dans les Uni, versités libres ou d'Etat. Des deux Universités progressistes par excellence, ni l'Université libre ni l'Université nouvelle de Bruxelles n'avaient encore réussi à fonder un enseignement large des sciences sociales .... Revenons en France. En dehors des enseignements universitaires ou purement scolaires, je ne trouve que deux essais d'organisation, l'un par l'enseignement de Le Play ou, plus exactement, de ses disciples; enseignement généreux, sobre, discret; par sa discrétion même et par sa sobriété, trop ignoré du grand public, mal connu aussi des Ecoles, d'ailleurs restreint, volontairement restreint a quelques points de doctrine ou de (1) On consultera avec fruit sur ce sujet les belles études de M. Théodore Ruyssen : Les Sciences sociales et politiq11esdans les U11iziersilésalle111a11de(sR. 1w11epolitique et parlemmlaire, septembre et novembre 1896). (2) lstilllto ·Cesa,·eAlfieri (Scuola di Scieuz.e sociale), décret royal du 21 mai 1888. f (3) Le IO octobre 1895, sous ce titre : The Lo11do1S1cbool of eco110111aic1s1dpolitical science.

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