La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LES ÉLECTIONS EN BELGIQUE 3 11ouveau. En somme, les rcpublicains du parti de M. Méline doivent compter avec les cléricaux; en Belgique, ce sont les cléricaux qui doivent compter avec les libéraux conservateurs; mais, au fond, dans l'un et l'autre cas, c'est l'alliance des coffre-forts qui gouverne, avec l'ap pui des populations rurales et contre le prolctariat industriel . .Seulement, a mesure que l'axe des partis se déplace, que les anciennes classifications perdent leur importance, que les capitalistes, cléricaux et franc-maçons, se rapprochent et se font de mutuelles avances, les éléments prolétariens de nos deux partis historiques s'en détachent de plus en plus. , Déja, clans certaines régions de la \1/allonnie, et surtout dans la Hesbaye, qui étend ses champs de blé et ses terres a betteraves autour des bassins houillers, a travers toute la Belgique moyenne, la majeure partie du prolétariat rural, et un grand nombre de petits cultivateurs, confondent désormais leurs suffrages avec ceux du prolctariat industriel. C'est aux campagnes, travaillées par une incessante propagande, que nous devons, pour une large part, l'accroissement du nombre de nos voix, depuis quatre ans. Aussi avons-nous le droit d'espérer que, dans un avenir prochain, les derniers députés cléricaux, qui ne doivent leur élection qu'à la bourgeoisie libérale, disparaîtront des provinces industrielles du pays wallon. • Dans la région flamande, oü les cléricaux regnent en maîtres, l'évolution politique sera beaucoup moins rapide : il n'y a pas un seul député d'opposition dans toute cette partie du pays, qui comprend la moitié dn Brabant, les deux Flandres, le Limbourg et la province d'Anvers. • Néanmoins, ici encore, de graves symptômes de décomposition se manifestent dans les anciens partis. Si les libéraux wallons sont dévorés par les socialistes rouges, les cléricaux flamands sont menacés par les démocrates chrétiens, qu'ils appellent les (< socialistes verts i>. C'est en 1894, dans l'arrondissement d' Alost, que le ChristeneVolkspartij se manifestant pour la premiere fois, parvint a faire élire l'abbé Daens, un prêtre démocrate qui défendit, avec réelle énergie, pendant la derniere législature, les intérêts des ouvriers et des petits cultivateurs flamands. Désespérant de le vaincre, les conservateurs le firent condamner au silence : l'évêque de Gand lui défendit de demander le renouvellement de son mandat. L'abbé Daens obéit, mais ceux qui s'étaient flattés d'e1~finir avec le daensisme doivent se convaincre aujourd'hui ,- qu'ils se sont lourdement trompés. C'est dans tout le pays flamand, en effet, que la poussée démocratique se manifeste et que le mécontentement fait explosion contre le cléricalisme officiel.

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