104 LA REVUE SOCIALISTE fois ayant de s'engager à fond contre un parti susceptible de prendre un jour prochain la direction des affaires, une foule d'esprits simples pour qui le socialisme était un épouvantail revenaient de leur terreur et considéraient avec moins d'effroi le monstre créé par leur imagination. Ceux-là n'étaient plus irrémédiablement fermés à la pénétratration socialiste, des que notre parti n'ctait plus hors la loi commune et semblait une annexe du parti radical. Mais le bénéfice des sympathies intéressées ou crédules que nous valait la polémique de M. Méline ctait compensé et bien au dela par les inconvéniei1ts multiples résultant de la confusion établie. Là où les forces socialistes balançaient les forces radicales, celles-ci invoquant le danger commun a combattre prétendaient s'annexer purement et simplement celles-là afin d'assurer plus aisément, disaient-ils, la défaite ministérielle. Les radicaux eux-mêmes avaient fini, dans beaucoup d'endroits, par prendre au sérieux l'étroite parenté ayec nous que les ministres affirmaient et ils s'indignaient de la meilleure foi du monde, quand les socialistes émettaient la résolution de se compter et de solliciter le suffrage universel en fayeur du socialisme proprement dit. De là des polémiques, des inimitiés capables, si elles persistaient et s'en;-enimaient, d'assurer les succès de la politique ministérielle. Ailleurs, la où le socialisme pénétrait à peine, les radicaux arguant de leur nombre compacte, refusaient aux socialistes leur droit de cité prétextant que leur propagande imprudente était de nature à favoriser la coalition opportu no-réactionnaire. La situation de notre parti était donc particulièrement difficile et délicate. En se mêlant <letrop prcs aux radicaux dont les prétentions croîtraient en raison de notre débonnaireté, on risqu.ait de voir nos troupes se débander dans les rangs de l'armée radicale. D'autre part, une lutte a outrance contre les radicaux pouvait amener le succès des candidatures ministérielles, et l'écrasement des radicaux ne nous eût pas consoles du notre. En Allemagne, en Belgique, là oü le parti socialiste est unitaire, les difficultés de cc genre sont tranchées après un examen, et sur toute la surface de ce pays les décisions prises sont ponctuellement respectées. En Belgique, par exemple, les socialistes ont décidé de s'unir aux libéraux; en Allemagne, la Social-Democratie offrit cette année aux divers partis libéraux le concours de ses votes, en précisant les points sur lesquels l'accord se ferait : respect du suffrage universel, liberté d'association et de la presse, maintien des lois d'assurance. C'est que là comme en France, je l'ai déjà dit au début de ces observations, le parti socialiste est le défenseur naturel des libertés essentielles du régime bourgeois, qu'il commettrait un suicide s'il ne faisait pas tout pour les sauvegarder. Le pire qui pût arriver, ce n'est pas que nous
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