\ J - I LE PARTI SOCIALISTE FRANÇAlS EN l 898 103 provisoirement écartée de la tribune française, constituent des victoires indéniables. Au reste, les gens avisés, nos ennemis éclairés ne s'y sont pas trompés et Yves Guyot raisonnait fort juste - pour une· fois - quand. îl écrivait le mois dernier dans le Journal des Economistes: « Si M. Jules Guesde a été battu à Roubaix, il a obtenu en 1898 7,971 voix, tandis qu'.en 1893 il n'en avait obtenu que 6,687. L'échec des deux leaders socialistes (Jaurès et Jules Guesde) ne prouve donc point que le parti socialiste soit en décadence : les chiffres affirment, au contraire, que son effectif a augmenté. » * * * . I Cet accroisserient, on vient de le voir, le parti socialiste a su le conquérir, malgré les circonstances fâcheuses dans lesquelles s'est produite la défection de quelques traîtres, malgn'.: les efforts coalisés de la--pression officielle, de la pression patronale et de la corruption . les plus éhontées dont on ait jamais eu le spectacle. Il a su éviter en même temps un écueil, plus\ dangerei.Jx encore, parce que plus difficile :\ tourner : je veux parler de l'habileté avec laquelle il a su, dans le conflit des partis en présence, rester lui-même,,sans faire le jeu de ses adversaires les plus immédiats, la' coalition opportuno-réaction~ naire. Au cours de ces deux dernières années, en effet, les ministres du cabinet Méline confondaient systématiquement dans leurs discours les radicaux et les socialistes, qu'ils montraient professant, à quelques nuances près, mêmes principes et mêmes doctrines. Aux yeux des esprits impartiaux et éclairés, ,c'était là simple argument de polémique - 7t argument de très mauvais aloi, car opportunistes et réactionnaires savaient parfaitement à quoi s'en tenir sur le fossé philosophique qui sépare les socialistes des radicaux; cependant, comme la répétition des mêmes assertions finit, à li longue, par pènetrer les cerveaux et les obséder, socialistes et radicaux ne tardèrent pas à se confondre dans la pensée. de beaucoup et apparaître plus rapprochés qu'ils ne le sont en réalité. D'autant qu'une fraction du parti radical, tout en ne partageant aucune de nos idées, a cru devoir accoler l'épithète de « socialiste » à celle de radical. Il y avait, à cette confusion, un avantage et un inconvénient. L'avantage consistait à présenter a_ux yeux des simples les socialistes comme un parti à la veille de prendre le pouvoir. Dans un pays de centralisatioQ et de népotisme, cette considération est de nature à effacer bien des répugnances, à vaincre bien des hostilités et à faire cesser bien des hésitations. Err dehors même des intéressés ql\i y regardent à deux
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