102 LA REVUE SOCIALISTE route. Il a dû briser encore toutes les forces sociales capitalistes de ce pays, syndiquées pour l'assaut décisif de mai. L'cntrc'.:cen lice des membres de la grande industrie et de la haute finance, qui ont donné de leur personne autant que de leur argent, est un des incidents les plus caractéristiques des élections de 1898. La solidarite étroite des intérêts économiques unissant toutes les fractions politiques de la classe possédante ne peut plus être niée maintenant, depuis qu'on a vu le cabinet et les chefs du parti opportuniste faire appel aux industriels et aux financiers, sans distinction d'opinion, pour organiser la campagne électorale. Cette organisation fut faite sous la direction de M. \,Valdcck-Rousseau. Le defenseur des Lesseps sollicita publiquement le concours de la fit1ance, trop hcurem; de prélever sur ses millions des subventions importantes dcstinecs à combattre ceux qui l'a\'aient si malmenés quatre années durant. Afin que le zèle des industriels et des financiers ne se ralentit pas, on avait eu soin de leur réserver des circonscriptions au prcalable travaillées par les préfets et les agents administratifs de tout ordre. La corrup_tion et la tyrannie patronale sont donc Ycnucs s'ajouter, en la complétant dignement, à la pression officielle. Dans les centres ou\'riers, Olt la population est enrégimentée autour des hauts-fourneaux, des usines ou des puits de mine sous le contrôle de sur\'cillants spécialement affectés à cette œuvre d'espionnage, les ou\'riers durent \'Oter sous l'œil de leurs contre-maitres. Leur bulletin de vote était la rançon du pain quotidien accorde seulement à ceux qui consentaient à l'échanger contre leur maintien dans la mine, dans l'usine ou l'atelier. Doit-on s'étonner que des procédés aussi odieux aient pu, çà et là, faire fléchir la victoire du coté de nos adversaires? Cc qui a lieu de nous surprendre, au contraire, c'est que les violences matérielles exercées contre le suflragc universel n'aient pas eu des conséquences plus fâcheuses. L'armée prolétarienne déçut partout, par sa fermeté invincible, les espérances criminelles fondées sur l'issue de la lutte, et là même Olt nos candidats échouércnt, leur défaite ne fut pas amenée par la défection des électeurs de 1893, mais par la mobilisation des hcsitants et des indécis de cette foule amorphe, résidu de tous les partis, qui n'allait pas au scrutin dans les élections précédentes et qui, cette fois, embrigadée par l'embauchage financier et patronal, fut traînée aux urnes. C'est ainsi qu'à Roubaix, Jules Guesde, battu par M. Motte, grand industriel roubaisien, obtenait en 1898 un chiffre de voix supérieur à celui de 1893. Mais les agents de M. Motte avaient fait la presse et conduit à rangs serrés les abstentionnistes habituels au scrutin. Ainsi que le disait Jules Guesde avec raison, au lendemain du 8 mai, d-es échecs comme celui-là, quelque pénibles qu'ils soient pour le parti, à raison de la personnalité
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