I LE PARTI SOCTALISTE FRANÇAIS EN 1898 101 tour par d'autres supérieurs formant la chaîne hiérarchique de la délation jusqu'au ministre, le fonctionnaire de chaque département marche au doigt et à l'œil. Malheur à celui soupçonné de tendances subversives, dont le zèle paraît faiblir. Il est bien Yite terrorisé, menacé dans la sécurité de son avenir et de celui des siens. Il doit compte à l'administration, non seulement de ses actes personnels, mais de ceux de sa famille. C'est b tyrannie la plus absolue, instituée par des pratiques gouvernementales si profondément entrées dans nos habitudes qu'elles ne rt:\'Oltent plus la conscience publique. Il faut avoir vécu à la campagne, vu de près les moyens <l'intimidation mis en œuvre pendant les périodes électorales, les promesses d'avancement ou de nomin.ation, les menaces de changement ou de révocation prodiguées, pour se faire une idée exacte de la réalité et du pouvoir de conversion forcée dont le gouvernement dispose. Cette année, le gouvernement avait tendu à leur maximum les ressorts de ses administrations. Le combat contre le socialisme était la raison justificative des excès de ses agents. M. Méline et ses lieutenants ne1s'étaient maintenus que sur les assurances réitérées de mettre fin à l'opposition socialiste. Aux critiques provoquées dans les rangs des républicains effrayés des progrès rapides du cléricalisme et de la marée montante du ralliement à la veille de les submerger euxmêmes, le président du conseil répondait, en agitant le spectre du socialisme. C'était, entre lui et nous, une question de viè ou de mort: le socialisme abattu, le cabinet et la politique qu'il inaugura il y a deux ans étaient triomphants; le socialisme victorieux ou couchant seulement sur les positions de la veille, c'était l'échec, la défaite irrémédiable, la faillite de tous les engagements solennellement pris. Or, non seulement le socialisme a triomphé, mais, phénomene qui révèle l'irrésisti91/ poussée sociale dont il est le produit, ses candidats ont surtout gagné des sièges et des voix dans les campagnes, lù où l'action gouvernementale se fait sentir le plus durement. Oui! la résistance tenace, indomptable des paysans, les progrès accomplis parmi ces populations rurales qu'on caressait et flattait ·pour les dresser en antagonisme contre les populations urbaines, tel est le fait qui domine les élections générales françaises de 1898. L'ancien président du conseil dut en faire l'aveu pénible, lors de l'interpellation Millerand : le socialisme a pénétré les régions agricoles qu'on croyait les plus réfractaires à nos doctrines. Il a conquis les bourgs et les villages, la plaine et la montagne, sous l'œil des fonctionnaires chargés de l'arrêter· et_ dont beaucoup le saluaient du coin de l'œil au passage. Mais le socialisme n'a pas eu seulement à briser le faisceau des forces administratives hiérarchiquement organisées pour lui barrer la
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