La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE de la fortune avaient, au lendemain de la débandade boulangiste> projetés dans les autres partis. * * * L'affaire Dreyfus vint à point provoquer la formation du milieu propice à l'epanouissement de ces incohérences sans emploi, depuis leur entrée dans le groupe socialiste. A peine les réactionnaires avaient-ils lancé les bandes de camelots mêlés aux enfants d_e chœur de la rue de Vaugirard autour des marches du Palais de Justice, tous ces férus du sabre, qui avaient déja mené la danse en pareille compagnie, venaient faire chorus, ~cclamer l'état-major et honnir Zola dans l'enceinte du Palais. J'ai apprécié, dans le numéro d'avril, l'attitude du groupe socialiste dans la circonstance, en me taisant toutefois, par un sentiment que tout le monde comprendra, sur la part que quelques-uns des membres du groupe prirent aux manifestations militaristes. Déjà, à cette époque, il était facile de prérnir que l'évolution s'accentuant, les survivants de l'agitation boulangiste, égarés parmi les socialistes, ne tarderaient pas à rejoindre leurs alliés d'antan et que nous étions au début d'un renouveau de mascarade politique. Cette conjonction naturelle s'accomplit au scrutin de mai 1898 : sous l'appellation de « nationalistes », un barbarisme ressuscité de 1889, catholiques, antisémites et socialistes refroq ués ne tardèrent pas a reconstituer les cadres du parti provisoirement sans nom, tant que les lieutenants de César n'auront pas trouvé un digne successeur au brav' général. En attendant, la concentration s'est faite assez rapidement, car on put voir au mois de mai Paul de Cassagnac, Drumont, Rochefort et l'abbé Garnier recommander dans leurs journaux les mêmes candidats. C'est en pleine bataille, en effet, quand il faisait tête a la coalition de ses adversaires venus de tous les points de l'horizon, que le parü socialiste vit se consommer la rnpture definitive avec les « nationalistes ». Ce fut moins, à la vérité, une rupture qu'une trahison, car du jour au lendemain les politiciens qui la veille se réclamaient du groupe socialiste tiraient dans le dos des socialistes aux prises avec l'ennemi .. Mais les progrès considérables réalisés par l'éducation socialiste française réduisirent à peu de chose l'influence exercée sur le résultat général des élections par la défection subite de la minorité. Sans doute, M. Rochefort et ses amis contribuèrent a quelques défaites partielles des nôtres, défaites retentissantes par la place que les vaincus occupaient clans les rangs du parti : telles sont celles de Gérault-

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