La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LE PARTI SOCIALISTE FRANÇAIS EN 1898 97 1890, exploitant à leur tour l'admiration des gogos, ont entretenu et développé l'engouement public dont' ils tiraient profit. Pas un cabinet, de modérés, de concentrés ou de radicaux, qui ne se soit vanté d'avoir resserré plus solidement que ses prédécesseurs les liens de l'amitié franco-russe et qui n'ait défendu son existence en invoquant les précieuses bonnes grâces qu'il avait su conquérir à Saint-Pétersbourg. On sait où nous a conduits cette mystification dont on commence à entrevoir la fin, quand, malheureusement, il n'y a plus de concessions à faire et de lâchetés a commettre, nos gouvernants ayant épuisé la provision de bassesses, en même temps que les finances russes tari le fond de l'épargne française. Il appartenait aux socialistes, parti de probité politique autant que d'idéal social, de dénoncer la comédie qui se joua.it à nos dépens, de protester contre la posture inutilement humiliée de la France, de faire appel à la dignité nationale et au bon sens populaire, de sauvegarder, en un mot, les intérêts de la patrie sacrifiés à je ne sais quelle misérable, fantastique et lâche illusion d'un tzar sauveur qui aurait promis de réparer les outrages de la fortune et dont la France devait, en attendant, suivre docilement la direction, assurer la réalisation de tous ses desseins. Voila quelle était l'œuvre noble et grande à remplir par le parti socialiste. Il l'a tenté à plusieurs reprises, mais sans l'éclat et l'énergie qu'il aurait pu déployer si chaque fois qu'un membre du groupe abordait ce sujet à la tribune, il n'eût dù, afin de prévenir toute protestation, le faire avec unè circonspection telle, qu'il ne produisait plus qu'une argumentation hésitante et affaiblie. •Longtemps à l'avance, l'orateur était chapitré, assailli de recommandations de sagesse, de prudence, si bien que souvent, d'aucuns se découragèrent et renoncèrent à intervenir, dans des circonstances où ils auraient pu faire entendre d'utiles et fortes paroles. J'abrège l'histoire de ces tiraillements. Sur la question militaire, mêmes difficultés. Attaquer l'année, disaient-ils, c'est prêter le flanc aux adversaires qui suspectent notre patriotisme. En vain opposait-on à cette crainte puérile l'intérêt national attaché au contrôle rigoureux de l'armée·, le danger que fait courir à l'avenir même du pays l'existence d'un État comme celui-là dans l'État, placé en dehors de l'examen public, au-dessus de toute critique, s'administrant à sa guise, irresponsable en un mot, et dont l'expédition de Madagascar avait révélé l'effrayante incurie. Le patriotisme de ces messieurs voulait bien s'affirmer, crâne et tapageur, mais à la condition de ne pas se heurter aux opinions préconçues, aux préjugés régnants, à rien, en un mot, de nature à troubler leur quiétude et leur insouciance. Au fond, sous la mince couche de socialisme dont ils s'étaient vernis, nos césariens n'avaient rien appris, rien oublié, et le plus futile incident devait les réunir aux compagnons de la mascarade que les variations J

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