La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE ------------------------------ lisme avaient conservé le tempérament et les habitudes <l'esprit démagogiques dont le boulangisme fut l'expression aiguë. Le socialisme, pour eux, c'était l'opposition, rien de plus; une opposition irraisonnée, s'affirmant à propos de tout et de rien; qui, à défaut d'une conscience éclairée des aspirations et des intérêts populaires, s'applique à épier les courants tumultueux des masses dans lesquels ils se jettent, par besoin de trouble, d'ivresse, de popularité malsaine et facile. << Nous suivons les courants », me disait 1_1aguèrel'un d'eux. Ils suivent, en effet, à la remorque, sans direction d'aucune sorte, leur voile enflée par la brise qui souffie ils ne savent d'ou et qui les pousse n'importe ou. Ces opposants professionnels, batailleurs bruyants et crâneurs émérites sont, au fond, des peureux et des trembleurs, incapables de soutenir un choc, d'affronter les haines et les colères déchaînées contre leurs idées ou ce qui en tient lieu. Ils sont des épaves flottantes, portées en tous les sens par les remous et les fluctuations d'une opinion publique trop souvent désemparée, affolée et dupée par des meneurs à la solde des intérêts capitalistes et réactionnaires. C'est ainsi que k gouvernement russe, ayant, par l'entremise de ses agents financiers, et dans le but de pouvoir contracter en France les emprunts exigés par ses finances avariées, déterminé dans ce pays un courant de sympathies populaires favorables à la Russie, on vit ces pseudo-socialistes rivaliser de dévouement au tzarisme et harceler le gouvernement français de récriminations ridicules sur la tiédeur de ses sentil)1cnts russophiles. Essayait-on de calmer leur délire, leur montrait-on la politique cauteleuse et a double face de la Russie qui, tout ' en exploitant la crédulitc': française, s'appliquait à ménager l'Allemagne et dans toutes les opérations effectuées et réalisées avec notre concours se taillait la part du lion, leur faisait-on observer que l'attitude de la France, se ruant au devant de l'alliance russe et attendant d'elle son saint était une attitude peu digne, dont il fallait crier bien haut l'inconvenance : ils répondaient en invoquant le caractère populaire de l'alliance. Le courant était à l'alliance russe, il fallait le suivre. La vérité, c'est que le rapprochement franco-russe fut, au début, une entreprise purement financière. Quand la presse, dûment stylée par les agents de publicité, eut amené l'opinion au point voulu pour la faire souscrire, les partis réactionnaires virent dans l'entente entre ks deux pays le moyen de poser sur notre politique intérieure la voie propre à réconcilier les Français avec l'autorité monarchique; en racontant aux badauds les cércmonies pompeuses de Saint-Pétersbourg, ils comptaient réveiller le souvenir et exciter le regret des appareils royaux d'autrefois. Dissimulant leurs visées sous les apparences d'un , patriotisme menteur, ils exaltèrent eux aussi les sentiments français à l'égard de la Russie. Et les gouvernements qui se sont succédé depuis

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