La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LE PARTI SOCIALISTE FRANÇAIS EN 1898 95 titre de << socialiste » que revendiquaient à l'envi les hommes aux opinions les plus dissemblables. On sait avec quelles fermeté de langage ·et rigueur .de doctrine, mais aussi avec quelles prudence, largeur de vues et ouverture d'esprit il le fit, en proclamant le point essentiel sur lequel il convenait de faire l'accord pour délimiter nettement la ligne de démarcation du parti socialiste au regard des autres partis. La formule qu'il employa, devenue, après mai 1898, la base constitutive parlementaire actuelle, donna lieu, à l'intérieur et a l'extérieur du groupe, a des discussions et des débats qui montrérent assez les irrémédiables divergences qui séparaient la majorité de la minorité. Rochefort dans I' l11trrmsigéant, ses amis dans nos réunions, se plaignirent de la formule « exclusive l>, disaient-ils, dont Millerand s'était servi. Sous couleur de se garder de l'abstraction et <l'enfermer le socialisme dans un horizon resserré, ces messieurs prétendaient laisser à chacun, c'està-dire conserver, car« chacun » c'était eux, la latitude de repousser tout ou partie de ce qui constitue et a toujours constitué l'essentiel du programme socialiste : la transformation de la propriété. Profondément ignorants des choses économiques et <le l'histoire de leur pays, ils allaient répétant, aprés les fournaux subventionnés par le ministère de l'intérieur, que notre doctrine tout a fait nouvelle était d'importation allemande; que jamais le socialisme françâis n'avait conçù la forme sociale de la propriété. L'occasion d'une rupture semblait propice. Le tapage me.né par la presse autour des cri~iques êt des protestations soulevés par le di~ours de Millerand nous fit reculer devant la cassure nette. La majorité des députés appelée a discuter la définition dy socialisme donnée par Millerand s'y rallia, on peut dire sans débat. La douzaine de ppliticiens fourvoyés parmi nous demandèrent que leur signature ne fut pas apposée au bas du manifeste d'adhésion, tout en sollicitant de continuer à faire partie du groupe. La plupart invoquaient l'état d'esprit de leur corps électoral qui n'était pas encore mûr pour dts idées aussi hardies. Le manifeste parut revêtu de nos seules signatures et on n'alla pas encore cette fois jusqu'au bout de la résolution que la situation eût comportée. On n'établit pas la ligne de démarcation qui s'imposait entre les signataires et les abstentionnistes. Ce fut une faute, car l'équivoque et la confusion régnerent de plus belle au sein du groupe, et sur deux sujets surtout, affaiblirent considérablement son initiative : sur la question de politique étrangère et la question militaire. La plupart de ces révolutionnaires s'obstinant à se réclamer d'une opinion qu'ils ne professaient point étaient, je l'ai déjà dit, ou des sentimentalistes sans idées générales arrêtées ou, le plus grand nombre d'anciens boulangistes qui, tout en croyant avoir évolué vers le soda- \

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