La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

94 LA REVUE SOCIALISTE groupe avait dt'.1,afin d'cviter les compétitions de formule qui n'eussent pas manqué d'éclater, se constituer sans programme ni déclaration de principes arrêtés. Chacun avait voulu sauvegarder sa liberté personnelle ou celle de son organisation. Il n'existait donc aucune sanction pour le cas où l'un des nôtres Yiendrait à repousser en séance publique une résolution adoptée par la majorité. C'était là le vice fondamental de notre constitution résultant du morcellement du socialisme et à la faveur duquel des politiciens, pour qui l'épithète de socialiste n'était qu'une étiquette commode, avaient pu se faire inscrire parmi nous. Heureusement, il ne se trouvait parmi eux aucun orateur ou publiciste de talent, dont l'autorité ou la compétence auraient pu nous créer de sérieux embarras, s'ils avaient porté à la tribune les contra·- dictions qu'ils soulevaient à l'intérieur même du groupe. Car, dans les circonstances qui semblaient nécessiter la manifestation collective du parti socialiste, ces hommes intervenaient aux réunions intimes que tenait le groupe et l'examen des questions était indéfiniment prolongé et entravé par les objections byzantines qu'ils faisaient à toutes les résolutions projetées. Malgré le caractère intime de nos délibérations dont procès-verbal détaillé ne fut jamais dressé, les tiraillements intérieurs transpiraient au dehors; la presse e11nemie s'en emparait, les grossissait, s'efforçant d'aggraver les dissentiments, annonçant comme imminente une scission que nous ajournions toujours, précisément parce que nos adversaires s'en réjouissaient. Il nous apparaissait qu'une scission, après toutes celles gui avaient affligé les organisations socialistes, ressemblerait a une excommunication. L'opinion était habituée a trouver, au bas des manifestes et des pièces publiques émanant du groupé socialiste, un certain nombre' de signataires, classés, étiquetés et acceptés par nous comme socialistes. Ne croirait-elle pas, si quelques-uns se retiraient, que cette retraite dût être attribuée à des rivalités personnelles, plutôt qu'à des dissentiments d'idées profonds? Bref, une amputation est toujours une mesure grave, souvent dangereuse, à laquelle on ne se résout qu'à la dernière extrémité. * * * On attcrmoyait donc, tout en se rendant parfaitement compte des entraves que la présence de ces éléments dissolvants mettait à notre action. Au cours de ces deux dernières années, les dissensions allèrent se multipliant. Ce fut d'abord à propos du discours de Saint-Mandé que faillit éclater la rupture. Millerand avait compris la nécessité de préciser une fois pour toutes, le sens et la portée de ce

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