La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LE PARTI SOCIALISTE FRANÇAIS El-< 1898 93 I une confusion regrettable tendait à s'établir sur la signification précise du mot et de la chose. En dehors,. en effet, des organisations constituées, on comptait des socialistes ae doctrine et d'action qui s'attachaient ,\ la propagation des idées, à la vulgarisation des théories et à l'application du programme, dans les corps élus dont ils faisaient partie : il me suffira de citer des noms comme ceux de Jaurès, Viviani, Millerand, Fournière, Veber, etc., pour montrer que cette fraction, non classée, n'était ni la moins importante ni la moins écoutée. Mais en même temps qu'eux, une foule de mécontents, confondant l'agitation sans but avec l'action féconde, la démagogie avec la démocratie, se paraient de l'étiquette socialiste sans en professer la doctrine. C'étaient, ou des sentimentaux acquis à l'idée d'une amélioration sociale qu'ils croient possible par les moyens d'un empirisme utopique le plus souvent enfantin et puéril, tels que : la participation aux bénéfices, l'allotissement des biens comm.unaux et de l'État; ou des politiciens dévoyés comme on en voit :'t toutes les époques, à qui l'absence de qualités éminentes propres :'t leur faire une place en vue dans les parfis gouvernementaux, jette dans les rangs extrêmes de l'opposition. C'est ainsi qu'on a vu beaucoup des anciens suivants du général Boulanger se dire et peut-être même se croire socialistes. Cette confusion regrettable, bien plus que le fractionnement du parti, exerça une influence fâcheuse sur l'initiative du groupe parlementàire au cours de la législature 1893-98. Les rivalités de groupes s'effacérent bien vite, en effet, au contact quotidien des personnes. Les nécessités de la lutte, en rapprochant les hommes, eurent tôt fait de mettre à néant les_chimériques divergences d'idees qui les séparaient avant. L'unité de pensée et de doctrine jaillit toute seule des discussions auxqu~lles les rl:'présentants des diverses fractions prirent part Spontanément sous le feu de l'ennemi, le socialisme présenta un front de bataille uni; et Jules Guesde, Vaillant, Jaurès ou Viviani purent parler au nom du parti socialiste un, sans crainte d'aucun désaveu. Dans tous les débats, le groupe socialiste offrait un bloc compacte, sans que jamais aucune dissonnance ou contradiction se produisît du fait d'une des organisations qui le composaient. Mais l'unité de tactique et de doctrine brillamment affirmée :'t la tribune n'était qu'apparente et les scrutins révélaient souvent des différences tranchées d'opinion entre la majorité du groupe et une minorité en nombte variable, dont les memb1·es flottaient au gré de tous les hasards. Sur quarante-sept députés dont se composait le groupe toujours une douzaine; quand une question intéressant à un haut degré le socialisme se posait, dispersaient leurs bulletins de vote, se réfugiant parfois dans !'.abstention pour ne pas aYoir à se prononcer. Au début le

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