92 LA REVUE SOCIALISTE ici, les socialistes sont donc tout à la fois les précurseurs de la société idéale de demain et les défenseurs de la civilisation actuelle; menacée par le retour offensif des partisans des régimes disparus. C'est le signe assuré que le socialisme est la puissance dominante des temps modernes, puisque l'alliance de toutes les forces sociales n'arrête pas son extension. Si, en effet, comme on le verra dans l'article de Vandervelde la poussée socialiste s'est déchaînée dans b Belgique, irrésistible au point que la coalition de tous les partis a été impuissante à ralentir sa marche, en France, le socialisme témoigne d'une vitalité non moins grande, et cela, malgré des conditions particulieres <l'organisation et des circonstances politiques locales de nature à paralyser singulièrement son action. * * * Les partis socialistes belge et allemand sont un bloc compacte, une organisation unitaire dont tous les membres solidaires concourent avec un ensemble admirable à l'œuvre de propagande générale. Non que l'unité socialiste, belge ou allemande ne comporte une variété de points de vue et une diversité de tactiques appropriées aux circonstances de lieu et de moment qui laissent à chacun, aussi bien aux groupes qu'aux personnes, leur individualité propre; mais grflce :\ une discipline librement acceptée, fruit d'une éducation sociale remarquable, les partis sont de grandes personnes morales agissant avec un concert et une cohésion de mouvements et de volontés qui décuplent l'efficacitc de l'effort. En France, il n'en est pas de même. Le parti socialiste est fractionné en organisations distinctes et le temps n'est pas très éloigné de nous oü chacune d'elles, luttant pour la suprématie, consacrait à ruiner ou:\ supplanter l'influence de sa voisine des énergies qui eussent été précieuses a étendre le rayonnement du socialisme lui-même. Des rivalités personnelles avivaient, comme toujours, l'antagonisme des groupements et les progrès théoriques et politiques se ressentaient naturellement <le ces dissensions stériles. Dans les polémiques trop fréquentes que les compétitions provoquaient, les inimitiés s'abritaient derrière des divergences d'idées, qu'on créait en subtilisant à l'excès et en rapetissant, de part et d'autre, l'idéal socialiste à des formules verbales tenant lieu de dogme. D'où une conséquence fâcheuse s'ajoutant à toutes celles qui résultaient déjà du fractionnement : les excommunications réciproques des groupes ne permettant pas de tracer une frontière précise du socialisme, parce que chaque organisation s'enfermait dans des limites trop étroites marquées par son formulaire spécial, cette frontière restait vague, indéterminée et
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