La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

92 LA REVUE SOCIALISTE cette somme de 950 millions est loin de représenter l'usure prélevée par les capitalistes sur la production aurifère du Transvaal. Un milliard et demi est le taux d'émission des titres. Or, par des manœuvres de bourse variées, quoique poursuivant toutes le même but, qui était de détrousser les gogos, les émetteurs parvinrent a donner à leurs titres une folle plus-value qui fit monter à 6 milliards, au moins, le cours des titres reposant sur une valeur nominale, déjà fortement majorée, de I, 500 millions. La hausse insensée amenée sur les actions minières reposa surtout sur la complicité du marché de Paris qui écoula en France des paquets énormes de titres cotés à des taux fantastiques. La dégringolade qui se produisit en 1895 et qui entama si fortement l'épargne française, a donc été, en quelque sorte, la liquidation' d'un boom monstre organisé par les financiers de Londres et de NewYork, avec l'appui des financiers de Paris, qui jouèrent dans la circonstance le rôle de rabatteurs et de courtiers. Ainsi, l'industrie aurifère du Transvaal a nécessité une avance effective de 550 millions environ, sur lesquelles elle a greffé une série d'opérations qui se sont traduites, à un moment donné, par une majoration fabuleuse de cinq milliards et demi. On pense dans quel état doivent se trouver les sociétés minières après la liquidation d'un puff aussi formidable. Les administrateurs de sociétés, eux et les maisons de b!lnque dont ils sont les agents, se sont sauvés a temps, à la veille de la catastrophe; après avoir mis les milliards ainsi <<gagn_és >>à l'abri de tout danger. Seuls les actionnaires sont restés avec leur papier, en quelque sorte démonétisé, se demandant quel effroyable cataclysme avait pu ruiner une industrie aussi prospére que celle de la production aurifère. Les auteurs de la catastrophe leur ont dit que si les valeurs minieres avaient dégringolé tout à coup, la faute en était au gouvernement boër. Et une ligue s'est formée en vue de créer en Europe un état d'esprit hostile au gouvernement du président Krüger. Le but de l'association et de la campagne dont quelques périodiques français se sont fait l'écho, est double. Ce sont des financiers, comme je l'ai dit, qui l'ont organisée, et ces financiers sont des Anglais, quelle que soit d'ailleurs la nationalité de chacun d'eux, les maisons de banque anglaise exerçant une influence prépondérante dans tous les conseils d'administration de là-bas. Les financiers, en tantqu'hommes d'argent, se disent que l'épargne européenne, et particulièrement l'épargne française, a été saignée à blanc par le krach de 1895, dont les pertes se sont chiffrées par milliards; que dès lors il sera difficile de ·ressusciter les fructueuses campagnes dè hausse sur lesquelles s'élevèrent tant de colossales et miraculeuses fortunes. Que faire donc, sur quoi <~travailler>>? Quel champ

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==