LA REVUE SOCIALISTE M. Barrès cnt1que les idoles qu'attaquent les socialistes, vénalité de la presse, corruption parlementaire, centralisation à outrance; comme les socialistt:s aussi, il est positif et s'attaché à faire voir le mal présent plutôt qu'à imaginer le bonheur à venir, mais il est fort à présumer que la critique socialiste et celle de M. Barrès n'ont pas le même fondement. Du roman que j'analyse, M. Maurras a tiré une interprétation royaliste et catholique; on en ferait sortir aisément une interprétation républicaine; il serait malaisé d'en obtenir une interprétation démocratique et socialiste. L'enseignement fédéraliste annoncé par le titre et donné par les premières pages disparaît sous ces tableaux parallèles : écrasement des prolétaires intellectuels, évolution harmonieuse des intellectuels riches. L'auteur est froid oü nous nous passionnons, passionné où nous restons tièdes. Ce livre superbe et fait pour demeurer doit sa beauté littéraire à son manque de sentimentalisme. Plus fraternel, il eût été moins original. A. M. Notices bibliographiques Eugène Pottier et son œuvre. par ERNESTMusrnx, I vol. in-18, Paris (Allemane). - Eugène Pottier fut un grand poète que les conditions particulières d'une vie laborieuse et agitée, accaparée par les exigences du pain quotidien et troublée par les péripéties de la politique tinrent toujours à l'écart des cénacles littéraires et de la publicité. De là la demi-obscurité où sont restés son nom et son œuvre. Il n'est guère connu que des militants socialistes et d'un public très restreint de lettrés pour qui la première publication de son recueil de chansons, par Nadaud, fut une révélation. Car ce poète fut aussi un soldat. Il chant~ Ja révolution en des vers d'une frappe merveilleuse et il la servit, les armes à la main, en 1871. Revenu de l'exil, cassé, hémiplégique, n'ayant plus qu'un souffie, il chanta jusqu'à son heure dernière les misères des faibles, la tristesse des opprimés et la douceur apaisante des champs, après lesquels soupirait ce forçat de l'enfer social des villes. Pierre Dup9nt disait de lui à Nadaud : « C'est un qui nous dégotte tous les deux ». Hélas I il mourut sans que rayonnât sur son front l'auréole de l'admiration et de la gloire. M. Museux s'est attaché, en des pages simples et fortes, à retracer la vie exemplaire de i:e grand artiste et de ce laborieux. Que les jeunes gens lisent ce livre : ils apprendront quelle vie de sacrifices acceptés sans ostentation fut celle de Pottier et quand ils auront fait connaissance avec l'homme, ils voudront connaitre son œuvre, grande et belle, digne de sa vie. Le socialisme utopique. Etudes sur quelques précurseurs inconnus du socialisme, par ANDRÉLICHTENBERGER, I YOI. in-12 de la bibliotheque d'histoire contemporaine, 3 fr. 50 (Paris,Alcan). -M. André Lichtenberger est un curieux des hommes et des idées du dix-huitième siècle. Il s'intéresse aux inquiétudes d'esprit, aux recherches, troublantes pour l'époque, des critiques de la société, qui à l'aurore de la révolution française et au moment où la bourgeoisie va prendre possession du pouvoir, dépassent déjà la conception politique du temps et s'émeuvent des inégalités économiques. Déjà, dans un précédent volume, il a saisi et analysé dans les œuvres des penseurs classiques de la Révolution l'antagonis111e social qui point çà et là dans Rousseau et d'autres. Cette fois, ce sont des oubliés ou des inconnus dont il reconstitue la figure et nous présente l'œuvre. C'est Afra Behn et son roman Oroo11oko. Nicolas Gueudeville, l'éditeur des voyages de La Hontan, qui eurent leur heure de vogue; Tiphaine de la Roche, Linguet, etc. Ce dernier est une figure à part injustement tombée dans l'oubli, après une vie d'agitation et d'aventures, de production politique et littéraire considérable qui lui valut une célébrité bruyante et une réputation universelle - tôt éclipsée. Mais ce sont surtout les monographies des -
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==