LA REVUE SOCIALISTE REVUE DES LIVRES MAURICE BARRÈS : Les Déracinés (Fasquelle). - M. Maurice Barrès ra..:onte l'histoire de sept jeunes Lorrains élevés ensemble au lycée de Nancy, puis Yenus :1 Paris pour continuer leurs études, dans les facultés et pour faire fortune. Quatre sont riches; trois, Racadot, Mouchefin et Renaudin sont pauvres. A la fin du ,·olume - qui sera continué par deux autres - Racadot ( 1 oo francs par mois et un héritage de 40,000 francs) est guillotiné pour assa- ~inat, Mouchefrin (30 francs tous les deux mois) manque d'être conda1:nné au bagne pour complicité, Renaudin (père paralytique, une mère et une sœur à nourrir) vit de reportage après avoir été mouchard ; le moins riche des quatre heureux, Suret-Lefort, est devenu un des bons orateurs de la confér,t!nce J\lolé et fait réussir il Nancy la candidature du professeur de philosophie Bouteiller qui « ressemble en plusieurs points essentiels - bien qu'il s'en distingue fortement par ailleurs - ù M. Burdeau ». Les trois autres continuent leurs études, écrivent des articles qu'on ne leur paie pas, vivent sur les pensions qnïls reçoivent de leurs parents et attend~nt. Tous sont déracinés. « Déraciner ces enfants » c'est « les détacher du sol et du groupe social où tout les relie pour les placer hors de leurs préjugés dans la raison abstraite». L'internat au lycée de Nancy les a fait vivre loin de leur famille. Un seul, Saint-Phlin, est resté chez sa grand'mère jusqu'à la rhétorique ; les autres le trouvent ridicule parce qu'il répond si on lui p~rle d'entrer à Saint-Cyr : « Ma grand'mère ne Yeut pas». Lui-même, comme ses camarades, finit par être déraciné de sa famille et de la Lorraine. Ce n'est pas encore toute l'œuvre destructrice du lycée. Le professeur Bouteiller enseigne la métaphysique et la morale de Rant, « ces lointains parfums orientaux de la mort, filtrés par le réseau des philosophes allemands ». Après la dernière année de collège il ne reste des sept jeunes Lorrains que sept ambitieux qui cherchent leur voie dans Paris sans connaître les besoins de leur région, et plus soucieux chacun de sa destinée indiYiduelle que du sort de la France. Les riches, Rœmerspacher l'homme de la culture, carabin, historien, admirateur de Taine, Sture! l'homme de la destinée, poète et rêveur, SaintPhlin, l'homme du devoir, catholique et disciple de Le Play, mènent une vie d'étude nonchalante à travers quelques épisodes les uns intéressants, les autres jolis et charmants qui font la partie romanesque du livre, encore que l'auteur s'efforce de les employer à la démonstration de sa thèse. cc Parce qu'ils ne sont pas pauvres, Rœmerspacher et Saint-Phlin jouissent de la plus noble des libertés ». Les pauvres se débattent dans le cc prolétariat de bacheliers et de filles » qui se forme au quartier latin, puis dans le « vaste cloaque de la
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