La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE que la Yic nouvelle naîtra de la souffrance humaine. J'expierai mes fautes par ma mort, et ce sacrifice donnera à ma patrie des destinées brillantes et heureuses. >> Et il chante l'hymne de victoire, entrainantles chefs et les guerriers à sa suite. },fais Arfagard pressent la chute de la patrie, la ruine du culte ancien, le triomphe du dieu nouveau; et tombe accablé près de l':rntcl druidique. Dans une gorge farouche, au milieu de ses compagnons morts, Fervaal, rcstl'.:seul avec Arfagard, comme Roland :1VecTurpin, supplie le vieux druide de lui donner la mort; il se sacrifiera sur l'autel d'Esus, et par cet holocauste, il apaisera les dieux qu'il a trahis. Mais au moment oü le prêtre va consommer le sacrifice, la Yoix de la bien-aimée se fait entendre. Arfagard empêche en vain le héros vaincu de se rendre à l'appel de Guilben, celui-ci l'abat d'un coup et passe, tel Siegfried se rendant au sommet de la montagne enflammce. Guilben, à travers les rocs, arriYe pâle, épuisée, presque sans vie; elle ne tarde pas d'ailleurs à mourir de froid dans les neiges de la montagne. Et Fervaal reste seul au milieu des cadavres, dans la nuit noire. Soudain des voix lointaines, des chœurs angéliques chantent sur les sommets : Esus est mort, Yesus vient. Alors le héros prophétise la chute des dieux antiques et l'aycncment de la foi nouvelle, de la religion d'amour. Il saisit le corps inanimc de Guilben, et monte lentement la mon,tagne, vers la lumière, et il chante son chant de victoire, le chant joyeux qu'il disait en menant les siens au combat, et tandis que lent et religieux d'abord, puis bientôt triomphant, résonne en accords graves, le chant eucharistique du Trr11tumergo, pris comme symbole du Christianisme, il se perd dans les nuages des sommets ... ( I) Comme bien on pense, la représentation à Paris, comme celle qui eut lieu l'an dernier à la Monnaie, n'a P? été sans soplever quelques polémiques. Fervarrl a été incompris d un grand nombre et exalté par quelques-uns. On a reproché à M. d'Indy son wagnérisme, comme s'il était possible de faire du théâtre musical sans tenir compte des progrès acquis grâce à \Vagner; autant reprocher à celui-ci d'être venu après Beethoven, et ce qu'on oublie beaucoup trop, après \Veber; à Berlioz d'être venu après Beethoven et Gluck; à Beethoven d'être venu après-Haydn : en un mot, on va rechercher contre M. d'Indy tous les vieux arguments que l'on ressert et ressasse chaque fois que paraît une œuvre (r) « Alors sur un fonds symphonique (dans la coulisse) où s'intercalent de courtes phrases chantées par Fervaal, commence la montée du héros vers les cimes, et c'est seulement longtemps après qu'il a disparu dans les nuées, - la scène restant vide, - que s'achève, lentement et majestueusement, la conclusion musicale de l'œuvre. si impos:mte et si belle, en sa magie mystique, qu'elle retient le spectateur haletant et surpris, cloué sur son fauteuil jusqu'it la chute du rideau. C'est la première fois, je pense, que la musique symphonique remporte un pareil triomphe au théâtre». (M. Kufferath).

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