La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE parti socialiste ont transformé les individus et les masses: ils visent à un système unique et clair de vie sociale à réaliser par des méthodes bien prccises, sous l'égide d'une discipline qui rende pour ainsi dire impossible la révolte; celle-ci est considérée désormais comme un mouvement sans importance en face du grand problème de la transformation économique. Au contraire, Milan - oü éclata la révolte - n'est pas comme Turin une terre vierge pour le socialisme. L'idée socialiste trouve les cerveaux des ouvriers milanais, non dans un état neutre, mais vibrants dejà par suite de l'œuvrc précédente des partis radicaux et républicains très forts dans cette ville depuis de longues années. Et pour le présent à l'idée socialiste se joint l'idée anarchique; il est vrai qu'elle n'y est semée que d'une façon sporadique. Il ;irriva que dans les cerveaux, incapables de travail critique, se heurtèrent, se superposèrent, se confondirent des systèmes variés d'organisation a venir des méthodes variées de lutte, des sentiments sociaux divers. D'où, a Milan, pour les chefs du parti socialiste, de plus grandes difficultés à discipliner ces masses ouvrières. Le travail se fit activement. Mais en présence de cet amalgame d'idées et de sentiments, quel labeur à accomplir encore! que de confusions, que d'impulsions affectives a transformer en une conviction économique positive, unique et tenace ! Rassembler cette multitude d'idées tourbillonnant en sens divers, détacher et mettre à part celle qni paraît la plus logique, tâche relativement facile pour un cerveau habitué au travail en pleine évolution <le la critique, bien difficile pour des ouvriers auxquels manque l'exercice intellectuel. A Milan les ouvriers se trouvèrent dans ce cas. Sans doute, ils ne sont pas la plupart, dans cet état d'inconscience complète et de soumission aveugle des paysans de l'Italie méridionale, lesquels ne se mettent en mouvement que sous l'aiguillon de la faim aiguë. Pourtant ils répugnent encore aux théories et à la discipline du parti socialiste. Cc mécontentement, ce malaise moral, si universellement senti à l'heure actuelle, en Italie, n'est pas illuminé et discipliné par une idée. D'autre part, mis en mouvement, si je puis dire, par la trombe d'un concept amorphe de transformation sociale, par un sentiment confus <le rébellion contre les injustices présentes, il se traduit en une révolte qui n'est pas précisément celle de la faim et qui n'est pourtant pas décidément politique - réformiste, républicaine ou socialiste -•mais simplement la révolte du mécontentement. Le mécontentement! Voilà bien depuis quelque temps le phéno- •

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==