La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LE pARTI SOCIALISTE ITALIEN ET LA RÉVOLTE DE MILAN 747 du renchérissement du pain et du manque de travail, mais encore traversé la mer périlleuse de grèves prolongées, sans que le calme fût troublé. Et, à Molinella, ce printemps-ci, la population romagnole, bien connue pour son caractère impulsif, rendue positiviste par la théorie socialiste qui s'y est enracinée, traversa, tenace jusqu'à la fin qui fut la victoire, mais calme, les âpretés économiques et morales d'une très longue grève. Ce fut de même l'an passé à Ferrare (Romagne), c'est de même actuellement dans le Mantouan (basse Lombardie) où la conscience et la discipline socialistes atteignirent un tel point que la greve se fait « à domicile i>, c'est-à-dire dans des réunions sur les places publiques, occasions trop faciles de tumultes de la part de grévistes et de brutalités de la part de la police. En face et comme cont.raste à de telles phalanges de paysans transformés par le socialisme, nous avons vu les foules impulsives des paysans de Sicile et de Minervino Murge (Italie méridionale) dont l'esprit et l'âme n'ont pas été transformés par les théories socialistes : elles ont passé de leur aveugle soumission habituelle à l'aveugle révolte d'occasion; sous l'aiguillon d'un malaise économique plus aigu, elles ont donné carrière à des haines personnelles longuement réprimées; elles se sont mises en fureur comme le taureau blessé qui, pour une minute, se rue dans l'arène, bouleversant hommes et chevaux, retournant les éventres, terrorisant le cirque, jusqu'à ce qu'il tombe enfin ,ous le coup d'épée du torero. * * * .,- En Italie, en dehors de quelques régions tres clairsemées, par exemple le Mantouan, où les mazzinistes avaient déjà appelé les paysans aux coopératives de consommation et de production, c'est exclusivement au parti socialiste qu'on doit le rcveil des travailleurs de la campagne à la conscience politique. Les vieux partis avancés ne s'étaient occupés que de la petite bourgeoisie et des ouvriers. C'est ainsi que dans les campagnes éclate avec clarté l'influence exercée par le parti socialiste. Il n'en est pas toujours de même des ouvriers; avant la propagande socialiste, ils avaient la propagande républicaine et radicale; en même temps que la propagande socialiste ils eurent l'anarchiste. Là où le parti socialiste s'est présenté pour la première fois et seul au milieu des partis avancés, à Turin par exemple, les choses se sont passées comme dans les camp_agnes. A Turin, comme dans les campagnes de !'Emilia et de la basse Lombardie, la théorie économique et l'influence moralisatrice du

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