LA REVUE SOCIALISTE Dans les nombreuses coopératives de consommation et de production de )'Emilia et du Mantouan, les paysans ont conquis ces résultats : ne pas se lancer d'injures, ne pas s'intenter de procès, ne pas s'enivrer; les coopératives ont des pénalités consenties pour tous ces faits. Partout oü le socialisme se propage, on voit disparaître ces haines invétérées entre bourgade et bourgade, causes de rixes fréquentes nées de l'impulsivité et de la vengeance. Parmi ces paysans se développe un sentiment de fraternité sociale encore trop étranger à tant d'ouvriers des villes. Ces derniers donnent encore un affligeant spectacle. L'exemple de Sienne (Toscane) est caractéristique entre tous. Là se livrent des batailles féroces entre métiers. Le « Pallio » est le théâtre de ces mœurs médiévales. Les diverses corporations de la cité s'y disputent d'inutiles victoires. C'est une sorte d'iYresse d'enthousiasme atavique. Voilà donc une conception économique toute nouvelle, et par suite une morale nouvelle. Grâce au socialisme, l'individu se transforme. Les ferments de haine s'éliminent de l'âme; une idée prend leur place, c'est un raffinement : plus de foi clans les mouvements impulsifs et localisés de la révolte; en leur lieu la croyance ancrée en une évolution, une transformation générale de la vie économique. * * * Le parti socialiste italien, en se séparant nettement des radicaux et des républicains, a revêtu un caractcre exclusivement économique. En rompant décidément avec les anarchistes, il a pris un caractère exclusivement évolutionniste. On n'en vint pas là du premier coup. D'une- part les vieilles traditions révolutionnaires des patriotes italiens frémissaient encore dans toute la jeunesse de la présente génération. D'autre part s'exerçait la propagande par le fait des anarchistes, véritable suggestion. Les socialistes - jeunes au positivisme - ressemblaient un peu à ces catholiques timides qui vont à l'église en sourdine, légèrement honteux devant les railleries de leurs camarades libres - penseurs. Ils avaient dans leur façon d'agir une certaine peur de ne pas se montrer suffisamment violents, héroïques, prompts au sacrifice. A cette premicre aube du socialisme italien, vers 1890, il y eut comme une manifestation d'un tel état d'âme : ce fut le groupe transitoire des socialistes révolutionnaires, comme on les appelait les <( honteux >> du socialisme positiviste. Mais le caractcre positiviste du parti alla toujours s'accentuant et se précisant. C'est ainsi qu'on eut depuis ce spectacle : des populations socialistes, ayant non seulement gravi pendant ce terrible hiver le calYaire
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