La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LE J'ARTI SOCIALISTE ITALIEN ET LA RÉVOLTE DE MILAN 74) homme de la bourgeoisie, mais sur le systéme bourgeois, atténue ou même abolit les responsabilités individuelles, et désagrége peu a peu jusqu'à les faire complètement disparaître, les haines personnelles. Cette théorie ne retient, pour les mettre en première ligne, que les causes vraiment génératrices, les causes premiéres et uniques de tout mal. Avec la théorie socialiste, le << brigand » n'est plus l'homme, si t:goïste et si prépondérant qu'il soit, patron privé, administrateur public, adversaire politique même, mais bien le systéme social. En changeant, si l'on peut dire, de « tête de turc », les sentiments subissent naturellement une transformation; du stade brutal de la haine personnelle ils passent au stade plus humain des aspirations sociales. Outre cette action civilisatrice due à la diagnose à laquelle se livre l'économie socialiste sur les maux sociaux, il y a l'influence des concepts que le parti socialiste se fait des remèdes à opposer a ces maux. Ainsi le caractère économique de la transformation sociale, seul espoir du parti socialiste, et sans préoccupations politiques directes, ne permet à aucun socialiste conscient d'espérer l'avenement en bloc de toute l'organisation collectiviste, naturellement complexe, par un brusque changement de décor, comme cela serait possible s'il s'agissait d'une simple transformation politique tendant a changer la monarchie en république. D'ou la conviction du parti socialiste sur la nécessité d'un mouvement international. Ce concept que la rédemption du prolétariat doit être l'œuvre des prolétaires du monde entier, de l'internationale des travailleurs opposée de front à l'internationale des employeurs, rend illusoire pour un socialiste conscient toute révolte purement locale, dirigée contre la bourgeoisie d'une seule province ou d'une seule région. En effet, a supposer que cette bourgeoisie locale fût balayée, elle serait soutenue par la bourgeoisie des autres régions et, le cas échéant, des autres nations. De même que le caractère politique des révolutions pour l'indépendance italienne et la petite extension des vieux domaines italiens rendaient naturelles et faciles les mille révoltes de ce temps, dans telle ou telle cité, de la même façon, le caractcre économique <le la révolution socialiste et l'extension internationale du domaine bourgeois rendent les révoltes illogiques et de plus en plus difficiles. Outre ces influences de caractère économique, l'individu socialiste commence à entrevoir l'aube d'une morale nouvelle : le complet développement de cette morale n'e.st possible que dans un nouvel état de vie économique. C'est ce qui apparaît clairement, surtout sur le terrain vierge des campagnes.

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