LA FÉDÉRATION ANGLO-SAXONNE 743 absl1;acto saluer comme un progrès la constitution d'une agglomération humaine de 325 millions d'individus, ou beaucoup plus. Elle entraînera la désagrégation rapide des •vieilles nationalités, formes transitoires comme tout phénomène, et la réintégration de leurs éléments en des sociétés plus vastês, qui fondront, dans un tout plus harmonieux et plus complet, les vestiges impérissables des passés historiques. Les Etats-Unis d'Europe ne surgiront pas tout d'un coup sur notre continent replongé dans un moule nouveau; mais l'on ne comptera plus que deux ou trois groupements. Dans l'ordre économique, la portée de la transformation sera énorme. En un corps quatre ou cinq fois plus étendu que les corps sociaux actuels, dans un Etat - on nous passera le mot pour plus de clarté - qui vivra de sa vie autonome, et qui ne sera plus tributaire d'autrui, le processus social se développera avec une autre énergie et une autre souplesse. Les difficultés internationales qu'on allègue aujourd'hui contre toute organisation nouvelle du travail, dans les frontières mêmes d'une nation, ne seront plus de mise. Ainsi la fédération latine, germaine ou slave sera l'auxiliaire le plus fécond de l'évolution socialiste. Elle peut en être au surplus la résultante, tout aussi bien que le facteur. En même temps, les guerres deviendront plus rares, sinon impossibles. Les grandes sociétés constituées hésiteront devant des conflits qui auraient des conséquences autrement ruineuses et douloureuses que la campagne d'Italie ou la lutte hispano-américaine. Elles seront infiniment moins maniables qu'une Russie, qu'une Allemagne, qu'une Autriche. Insensiblement, par la prolongation même d'une paix n·écessaire, les fédérations ethniques conduiront à l'universelle fédération. Nos adversaires nous objecteront peut-être que nous déroulons des utopies et que nous nous laissons bercer aux fantaisies de notre imagination. Mais peut-on contester la légitimité du raisonnement, et ne nous appuyons-nous pas pour prévoir cet avenir, qui peut-être n'est pas si lointain, sur une réalité en formation : l'unio;1 anglosaxonne? Nous ne nous sommes pas, après tout, tant écarté du discours de M. Chamberlain, - un conservateur poutant et peu enclin aux rêveries poétiques. PAUL Louis.
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