ï42 LA REVUE SOCIALISTE / ture, s'est fait jour en notre Europe. On parlait de pangermanisme, de panslavisme; certains prêchaient l'entente latine. La conception de l'impérialisme anglo-saxon est beaucoup plus récente; mais il semble qu'elle doive triompher la première et qu'elle repose sur les bases les plus fermes. Qu'on le remarque bien, cette fédération de 325 millions d'individus est déjà en marche. Les éléments primaires en sont posés ou se façonnent méthodiquement. Les divers États du Canada sont réunis sous le vocable de Dominion; les États australiens, depuis deux ans, examinent un projet d'organisation commune qui ne manquera pas d'aboutir. La colonie du Cap et le Natal se concerteront sans grande difficulté. Reste l'Inde, il est vrai, qui élargit considérablement le problème; mais sera-t-elle encore un écueil, le jour où les ministres de Londres transformeront le régime de servitude qui pèse sur elle depuis un siècle et quart? Le jour est peut-être plus proche qu'on ne croit, où l'activité britannique réalisera ce tour de force de grouper économiquement, politiquement, moralement, des terriloirei épars dans les cinq parties du, globe et qui accusent entre eux les disparates les plus frappants. Aucun projet ne tient plus à cœur aux hommes qui gouvernent le \ Royaume-Uni, à quelque parti qu'ils appartiennent, de quelque clas~e qu'ils sortent. La démocratie est aujourd'hui impérialiste comme l'aristocratie; Chamberlain, Rosebery et Salisbury sont d'accord sur ce chapitre, en dépit de toutes les dissidences qui les séparent. C'est que l'impérialisme est pour l'Angleterre une question de vie ou de mort; c'est qu'il apparaît comme l'unique recours contre la décadence commençante, et aussi contre les éventualités de sécessions. Ainsi l'instinct de conservation, qui parfois exclut les solutions les plus rationnelles, concourt ici à assurer une évolution de portée immense et, par ailleurs, conforme aux prévisions de la logique socialiste et aux intérêts mêmes de la civilisation progressive. Que certains gouvernements ne regardent pas sans appréhension la formation de ce colossal agrégat anglo-saxon; qu'ils considèrent avec effroi ce Zollverein de l'avenir, qui se suffira à lui-même et se barricadera d'une triple frontière de douanes contre les produits extérieurs, on le conçoit aisément. li y aura alors des heures tragiques à traverser pour les peuples condamnés à l'isolement. On se demande quelles calamités fondront en particulier sur la France, avec sa population quasi-stationnaire, avec son mouvement anémié àe production et d'échange, si elle n'a pas modifié une politique extérieure néfaste, si elle ne s'est pas à son tour faite centre d'un groupe moralement et socialement unifié. Mais quels que puissent être ces périls temporaires, on devra in
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