La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

,. LA FÉDÉRATION ANGLO-SAXONNE 741 jugerons pas non plus les divers démêlés, affaires du Niger ou autres, qui ont envenimé les relations entre Londres, Paris, Berlin ou Pétersbourg. Nous entendons seulement constater un fait, qu'Outre-Manche une grande partie de l'opinion a reconnu : l'amoindrissement du facteur britannique dans le monde . . On conçoit maintenant que le discours de Chamberlain à Birmingham ait produit tant de sensation en Angleterre et ailleurs. Les deux propositions, par lesquelles il conclut : alliance avec l'Amérique, fédération impériale, sortent, pour ainsi dire; spontanément des difficultés actuelles et répondent aux préoccupations économiques et diplomatiques qui se font jour depuis deux ans dans la presse de la Cité. Elles ne méritent pas d'ailleurs une égale attention. La première - pacte avec les États-Unis - est essentiellement contingente et a été suggérée par des événements tout transitoires. Il y a dix-huit mois, on ne l'eût pas formulée; dans dix-huit mois, nul n'y songera peutêtre. Quelque affinité qu'un observateur sagace prétende discerner entre les deux pays, ils ne sont pas plus faits pour s'entendre intimement que deux autres contrées prises au hasard. On relèverait plutôt entre eux des motifs d'inimitié, des antécédents assez contraires, des intérêts adverses. Le conflit que le secrétaire d'État Olney souleva à propos du Vénézuéla, n'est pas si ancien puisqu'il remonte à deux ans à ptine; demain les relations entre l'Union et le Canada pourront ouvrir le champ à un litige entre l'Union et la Grande-Bretagne; les souvenirs de 1776 et de 1812 se perpétuent vivaces; la concurrence économique en Extrême-Orient est un élément de discorde qu'on extirpera malaisément. L'alliance des flottes anglaise et américaine, la Duplice des banquiers de la Cité et des changeurs de Wall Street est loin d'être fait accompli. Et puis, se réaliserait-elle momentanément, qu'elle n'exercerait sur la marche de la civilisation qu'une influence assez exiguë. - A aucun point de vue la fédération anglosaxonne, c'est-a-dire la seconde proposition de M. Chamberlain, ne saurait être envisagée avec autant de scepticisme, ni accueillie aussi légèrement. La formation de la « Greater Britain », la réunion en une communauté politique et douanière, plus ou moins centralisée, des diverses terres colonisées par l'Angleterre, n'est plus qu'affaire de temps. Demain est aux fédérations de peuples, transitions naturelles et nécessaires entre les créations nationalistes de ce siècle et l'unique groupement humain des temps futurs. Déjà, dans les années qui ont précédé ou suivi immédiatement .l'apparition des nouvelles nationalités germaines et slaves, vers 1848 ou vers 1878, l'idée de vastes agrégations d'hommes de même race, de même idiôme, de même cul-

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