La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

740 LA REVUE SOCIALISTE de le rappeler. Il est même d'autant plus loin de nous qu'il est parti des confins du radicalisme, et presque de la doctrine georgiste, pour passer du côté des landlords et de l'aristocratie tory. Mais quel que soit l'hon1me, l'on doit reconnaître qu'il exprime la pensée d'une grande partie de ses concitoyens et qu'il a réussi à déchaîner, en sa faveur, un puissant courant d'opinion. Il est arrivé au pouvoir à une heure ou l'Angleterre touchait à un tournant de son existence nationale. Ce pays, puissant par sa richesse publique, par son immense empire colonial, par l'abondance de ses échanges, s'est trouvé soudain saisi par la crise commune aux vieilles . nations. Comme la France, il a regardé d'un œil effaré la croissance singuliére d'Etats jeunes gui s'emparaient en peu d'années des grands marchés du globe. En des bonds énormes, l'Amérique et l'Allemagne atteignaient à un total d'entrées et- de sorties que les économistes de Manchester n'avaient jamais prévu. Le Royaume-Uni était brusquement dépossédé de son monopole commercial; il sentait son prestige, son opulence chanceler sur leurs bases; l'avenir devenait sombre. Il restait, en vérité, des terres nouvelles à conquérir, à coloniser, à inonder de produits. Mais là aussi, la concurrence s'exerçait avec une âpreté inouïe, avec cette voracité d'appétits que les immigrants de l'Idaho ou du Manitoba apportèrent au partage des territoires soudain ouverts. En Afrique, l'Angleterre rencontra la France, l'Empire Germanique qui saisirent de larges morceaux de côtes et de profonds Hinterlands: en Asie, Guillaume II s'implantait à Kiao-Tchéou, en plein cœur de la Chine; la Russie enfonçait sa griffe en Mandchourie, en Corée; la France pénétrait dans la zone du Sud; le Japon surveillait ses compétit~urs, prêt à ajouter à sa possession de Formose quelque riche province. L'Angleterre n'obtenait que le petit poste de Wei-HaïWei sur le Petchili, - un point sans avenir, de l'avis à peu près unanime des publicistes des deux Mondes. Depuis 1882 ou :883, surtout depuis 1890, l'autorité britannique dans le monde a décliné; les paroles hautaines d'un Beaconsfield ne sont plus que des souvenirs douloureux; le pavillon de la Reine a reculé en plus d'un cas,-devant le petit Transvaal lui-même, et l'équilibre des forces continentales n'a cessé de se modifier au détriment du Foreign-Office. Le Royaume-Uni a porté la peine de son isolement; entre la Triplice et la Duplice qui ont eu parfois des contacts momentanés, il s'est trouvé contraint à plus de modestie, et ses visées ambitieuses ont souvent été broyées ou amincies. Nous ne voulons pas apprécier ici les raisons qui ont dicté à Gladstone, à Rosebery, à Salisbury, leur attitude devant l'Europe; notre intention n'est pas de scruter dans ses derniers replis la politique des ministres de la Reine; nous ne

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