La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LE PROBLÈME DU PROGRÈS 735 avoir des maitres, ils sont fatalement condamnés à subir sou vent la domination de fous, d'imbéciles ou de scélérats, les conditions physiologiques et morales, au sein desquelles viYent les clus du pouvoir, constituant un milieu des plus favorables à l'éclosion du vice névropathiq ue sous toutes ses formes. L'impuni té de la toute-puissance, le relâchement de la volonté, l'oisiveté forcée, tel est le terrain fécond où s'épanouissent ces déb:rnches raffinées, ces voluptés contre nature, ces crimes sans nom qui souillent les annales des familles royales. La criminalité dans les races royales a un tout autre caractere que la criminalité ordinaire. Celle-ci le plus souvent est un cas d'atavisme, d'arrêt de développement, un retour à la sauvagerie primitive. Les criminels endurcis appartiennent réellement à ce que les aliénistes appellent « la race des criminels », sont des êtres stupides, brutes sauvages, poussés au crime par un instinct bestial. Tels ne sont pas les Néron, les Tibere, les Caligula, les Agrippine, les Jeanne de Naples, les Henri VIII, les Borgia, personnalités brillantes, chez lesquelles l'éclat des talents, les dons de l'esprit le disputent à l'horreur des crimes hideux, étranges, des vices effrénés, frappant de stupeur l'historien et le moraliste. Ces individus sont quelque chose d'anormal, de pathologique, et comme ils sont loin d'être un phénomène rare dans leur milieu, il est logique d'en conclure à l'existence d'un lien intime entre eux lj!t ce milieu. Dans le cours d'un siècle, la famille d' Auguste, une famille florissante à laquelle la destinée avait prodigué les dons les plus précieux : génie, beauté, gloire, éloquence, talent militaire, Yertu et grandeur d'lme, sombre dans l'abime de là folie et du crime. Elle présente tous les symptàmes de la dégénérescence : imbécillité, débauche, rachitisme, épilepsie, déformation du squelette, mort prcmaturée, stérilité. Cet exemple est d'autant plus saisissant que nous le voyons se répéter à l'infini dans les tables généalogiques des familles régnantes de l'Europe occidentale, depuis le quatorzième siècle jusqu'au dix-huitième siècle. Quel réquisitoire éloquent dans sa sombre simplicité, dans sa concision statistique! L'histoire semble dire aux privilégiés, aux puissants que ce fléau du pouvoir royal, qui depuis tant de siècles pèse sur l'humanité, est comme toute iniquité, aussi funeste à ceux qui l'exercent qu'à ceux qui le subissent. En parcourant cet état civil des maisons de Savoie, de Bourgogne, d'Anjou, d'Aragon., de Castille, des Médicis, des Plantagenet, des Tudor, des Valois, des Bourbons, on voit les mêmes faits se reproduire avec une régularité mathématique. La famille arrive au pouvoir pour s'éteindre au bout de quelques générations par la mort des enfants au berceau et la stérilité après avoir passé par tous les symptômes de dégénérescence déjà énumérés. « Bénéficiant, quoique dans une moindre mesure, d'une situation

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