73° LA REVUE SOCIALISTE Toujours la guerre a été un fléau. Toujours la sélection qu'elle opère a été régressive. A l'heure présente, elle absorbe encore chaque année des centaines de milliers d'hommes et des dizaines de milliards de francs de produits industriels et agricoles. C'est la grande dévorante et la grande stérilisa trice. C'est aussi la grande corruptrice, car c'est le crime absous, légitimé, glorifié, « le meurtre et le vol acclamés, blasonnés, <lignifiés, couronnés>> (E. de Girardin). La guerre, de l'aveu même des darwinistes les plus rétrogrades, est un puissant facteur de dégénérescence organique. Dans son Histoire de la Création des Etres orga11isés (1868), E. Hreckel écrit : « Pour grossir le plus possible les armées perma- ,,.- nentes, on choisit par une rigoureuse conscription tous les jeunes gens sains et robustes. Plus un jeune homme est vigoureux, bien portant, normalement constitué, plus il a de chances d'être tué par les fusils, les canons et autres engins civilisateurs de la même espèce. Au contraire, tous les jeunes gens malades, débiles, affectés de vices corporels, sont dédaignés par la sélection militaire; ils restent chez eux en temps de guerre, se marient et se reproduisent. Plus un jeune homme est infirme, faible, étiolé, plus il a de chances d'échapper au recrutement et de fonder une famille. Tandis que la fleur de la jeunesse perd son sang et sa vie sur les champs de bataille, le rebut dédaigné, bénéficiant de son incapacité, peut se reproduire et transmettre à ses descendants toutes ses faiblesses et toutes ses infirmités. Mais, en vertu des lois qui régissent l'hérédité, il résulte nécessairement de cette manière de procéder que les débilités corporelles et les débilités intellectuelles qui en sont inséparables, doivent non seulement se multiplier, mais encore s'aggraver. Par ce genre de sélection artificielle et par d'autres encore s'explique suffisamment le fait navrant, mais réel que, dans nos États civilisés, la faiblesse de corps et de caractère sont en voie d'accroisse,- ment et que l'alliance d'un esprit libre, indépendant, à un corps sain et robuste, devienne de plus en plus rare. » La diminution de la taille des conscrits, diminution observée dans tous les pays civilisés, surtout chez les hommes du peuple, la diminution de la force musculaire, l'augmentation de la mortalité à l'âge viril (hommes et femmes de quinze à trente cinq ans), les progrès vertigineux de la folie, ceux tout aussi rapides du suicide ... en sont autant de preuves. Certaines maladies, entre autres le rhumatisme, la fièvre, la syphilis, l'alcoolisme, l'épilepsie, etc., doivent à la guerre et au militarisme une bonne part de leurs progrès. Le rhumatisme et la fièvre s'acquièrent dans les lieux humides et
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