LA REVUE SOCIALISTE Cette histoire, cieux mots la résument : peste, famine. Oui, sur trois cent cinquante millions d'hectares, c'est-à-dire sur un territoire qui pourrait nourrir toute la population du globe, moins de deux cent cinquante millions d'hommes souffrent de la faim. Chaque année, plusieurs millions de ces malheureux, à qui le \'ivre est refusé, succombent le long des routes ou dans de misérables cabanes. N'est-ce pas horrible? Des adultes défaillants, dégradés par de longs mois de jeûne presque absolu, dcvorent leurs propres excréments. « Des enfants de cinq ans pèsent sept livres», rapporte le journal la Famineaux Indes. Avans nous le droit de nous détourner de ces spectres? Civilisés, c'est notre soif de l'or qui les a faits ce qu'ils sont, c'est notre amour du lucre qui leur a enlevé la chair du visage, des mains, du corps tout entier, car ces malheureux n'ont plus forme humaine. « De l'aine à l'orteil, dit Séverine, dans ses Spectres, les jambes sont allongées, droites; les bras presque parallèles, à peine angles par la flexion du coude, les rejoignent, s'y reposent bien au delà du genou. Les pieds paraissent énormes, les mains immenses. C'est qu'il n'est plus de chair sur les os! Plus de chair, j'y insiste. Entre l'épiderme rétréci, parcheminé et l'armature, aucune trace d'intermédiaire. Auprès, une momie paraîtrait grasse, dodue, entrelardée. Ce serait grotesque - si cc n'était hideux! La face paraît un de ces masques japonais où la cruauté d'Orient s'est donné licence. Lèvres absentes, tant la peau s'est ratatinée, découvrant en un rictus de cauchemar des dents longues, déchaussées, longues, longues ... comme des crocs de loup affamé ! Mais ce qui, davantage encore, excite la terreur, c'est le torse gui, non surmonté d'épaules, non soutenu de hanches, arparaît rond, grenouillard, comme celui des nouveau-nés; cependant que l'enveloppe plisse sur les côtes, ballotte au nombril, simule, à ce corps juvénile, les ravages du temps, les flétrissures de l'âge, tout ce que la décrépitude peut comporter de stigmates et d'avachissement! » Ces affamés sont-ils aptes à engendrer des êtres supérieurs, à créer une race plus endurante à la faim, ainsi que l'enseignent les apôtres du stmggle for life? Non. Ceux qui échappent à la mort donneront naissance à des êtres amaigris et sans force. Dans l'Inde - comme partout ailleurs - la famine est mère de débilité et de dégénérescence. Les Français ont trouve dans les régions du Tell et des Plateaux près de quatre millions d'Arabes intelligents et laborieux. Aujourd'hui, c'est à peine s'il en reste trois millions, et leur nombre décroît de jour en jour. La plupart d'entre eux sont dans une situation voisine de la misère. Les meilleures terres leur ont été volées par les Europeens. Les
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