ilO LA REVUE SOCIALISTE Les professeurs de nos Universités, tout comme ceux de nos lycées et collèges et comme nos instituteurs, sont donc des fonctionnaires. De même que tel jour, de telle à telle heure, dans toutes les casernes de France et de Navarre, on se livre à tel exercice, selon telle méthode, sous les ordres d'un employé nommé dans telles conditions par tel ministre, - de même, dans toutes les Sorbonnes et simili-Sorbonnes de Navarre et de France, tel jour, de telle à telle heure, un rond-de-cuir, nommé dans telles conditions par tel ministre, développe tel sujet selon telle méthode et ... danstel esprit. La fameuse loi du 11 juillet 1896 n'a rien modifi~ à ce régime. Le recteur et les professeurs ne sont-ils pas toujours nommés par les bureaux? Un conseil d'université a-t-il le droit de supprimer telle chaire qui n'attire pas un seul auditeur, - même à Paris, nous en connaissons au moins une qui se trouve dans ce cas, - ou telle autre dont l'objet discorde avec les tendances générales du temps, ou du pays entier, ou de la localité? - de créer telle chaire nécessitée au contraire par lesdites tendances bien que prohibée par le clan au pouvoir? A-t-il le droit de repousser parce qu'incapable telle personne qu'on lui impose sous prétexte qu'elle a les diplômes voulus? - d'appeler au contraire à professer telle autre, d'ailleurs lestée de toutes les paperasses exigibles, mais mal vue des gouvernants du moment ou bien appartenant au sexe féminin? ( 1) - de congédie{- tel professeur dont il estime défectueuse la méthode, et nuisible l'esprit, ou qui a su se rendre insupportable, et à ses collègues, et à ses élèves? Enfin chaque professeur a-t-il la latitude de traiter son sujet comme il l'entend, pourvu qu'il demeure dans les limites générales des programmes d'examen; peut-il interpréter l'histoire selon sa conscience, exposer l'évolution des idées philosophiques et morales autrement que feu Caro et pareils aumôniers de boudoir? S'imagine-t-on développés sous les auspices de M. Liard et l'œil d'ailleurs paterne de M. Gréard, divers cours que l'on donne à l'École d' Anthropologie! Guyau est mort à temps; il sentait le fagot. Et que l'on se rappelle les torrents de bave déversés par les laquais de Sorbonne contre Berthelot, à la suite de certain discours! Les Universités du Royaume britannique possèdent tous les droits qui sont refusés à celles de la République française. Leurs professeurs, en assemblée générale annuelle, élisent pour chancelier quelque très haut personnage, qui s'empresse de deléguer ses pouvoirs à un vice- (1) En Angleterre, aucune chaire d'université n'est encore occupée par une femme, mais la loi n'y est pour rien. Aux Etats-Unis, l'enseignement supérieur utilise beaucoup de doctoresses et ne s'en porte pas plus mal.
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