La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

700 LA REVUE SOCIALISTE miquc, juric.lique et civique. Elle demc urera toujours le plus sûr moyen de propagation de l'espèce, et cet aspect complétera son caractère social; éclairés sur eux-mêmes et sur ce qu'ils doivent à une société dont ils tirent tous les biens mis à leur portée et toutes les garanties qui leur en assurent la pleine jouissance, lrs époux-amants de l'avenir, écartant consciemment et volontairement le double péril de dépopulation et de surpopulation, concevront dans la joie les enfants de l'amour. Est-cc à <lire que tous les individus seront, même à cc moment, parvenus à un plan égal d'évolution et auront un égal désir de jouir <les douces contraintes de la liberté amoureuse résolue en une préférence unique dont la durée n'aura de limite que celle de l'existence ellemême? Certes, non; tous les cerveaux pourront concevoir l'amour idéal et tous les cœurs faire effort pour le réaliser. Mais si tous seront appelés à cette joie suprême, tous ne seront pas élus. D'aucuns, dominés par leurs sens, d'autres, par leur imagination, incapables de trouver en eux-mêmes ou en autrui les conditions absolues et parfaites de la préfcrcnce, sero!1t en proie a la papillonne. Parmi les premiers, l"es conditions physiologiques de la préférence constituant l'essentiel <le l'amour, cette forme inférieure de l'amour suffira à les satisfaire et l'on peut légitimement compter sur la culture morale et affective de cc temps lointain encore pour que leur exemple ne se généralise pas. Ceux-la ne verront, entre la fugitive minute d'étreinte qu'un désir fait naître et que la satisfaction fait s'enfuir, et l'amour complet, don et vocation de deux êtres unis par toutes leurs affinités et pour la vie, qu'une différence de durée et d'intensité, non de nature, ou plutôt ils auront limité leur idéal pour le mettre a la portée de leurs moyens, et bien des fois don Juan aspirera au doux foyer où !'amour réchauffe les cceurs, mais, emporté par son naturel, il retournera au délicieux enfer où se consume le sien et y trouvera le bonheur qu'il mérite. Parmi les seconds, il en est qui erreront dans leur recherche de l'ideal, pour leur tourment et celui des objets de leur préférence. Ils justifieront alors comme aujourd'hui la niaiserie des aphorismes sentimentaux qui sont la fausse monnaie dont se paient les amants. On ne peut aimer qu'une fois. Erreur. On ne peut tromper qui l'on aime. Erreur double. On ne peut aimer simultanément deux personnes. Erreur triple. Tant que l'unité dans la préférence n'est pas réalisée dans le cerveau, le cœur et les sens des deux êtres qui se préfèrent, il existe une lacune par laquelle une autre préférence, fût-elle inférieure et momentanée, peut se glisser et détruire l'harmonie absolue de l'amour pur et complet. Ne soyons pas sévères, même dans l'avenir, pour ceux qui chercheront de bonne foi l'amour et poursuivront la recherche de l'idéal a travers des expériences douloureuses pour eux

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