La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA FAMILLE IDÉALE jouit soi-même. D'autre part, relié plus étroitement à l'ensemble social par les biens qu'il en tirera, le couple familial contribuera avec allégresse à combler les vides que la mort ne cessera jamais de faire dans notre espèce soumise aux inéluctables lois de la nature. On se console mieux de voir disparaître le passé dans la personne des parents aimés quand on voit grandir l'avenir dans la personne des enfants chéris. On se résigne plus facilement à vieillir, on se prépare plus aisément à rejoindre ses ancêtres dans le grand repos, quand on a autour de soi la certitude vivante et affectueuse de ne pas mourir tout entier. On trouve doux le devoir social d'assurer la continuité de l'espèce quand ce devoir ne vous enchaîne qu'avec les fleurs qu'on a soi-même cueillies dans les jardins embaumés de l'amour pur. Confiance, donc; l'espèce ne périra pas. Inconsciente, elle se reproduisait à travers les pièges <lela nature et parmi les combats que se livraient les hommes. Consciente, elle se survivra, embellie par l'amour, fortifiée par la science, dans un univers soumis a sa volonté toute puissante. XI LA POURSUITE DE L'IDÉAL Dans l'organisation familiale comme dans l'organisation écono- ' mique et sociale, l'évolution progressive se caractérise par le passage de la contrainte à la liberté, de l'état inconscient à l'état conscient. Mais on voit tout de suite que la famille idéale, exclusivement basée sur la liberté de la préférence et maintenue uniquement par l'amour, ne peut fleurir et fructifier que dans un milieu social transformé. Aussi peut-on dire que, dans l'avenir, - un avenir lointain, peu importe le temps, - la famille idéale se réalisera dans le régime de communauté idéale des biens et des moyens de jouissance; dont la possibilité a été démontrée dans la première partie de ce travail (1). Ce n'est que lorsque la lutte pour le pain aura pris fin par l'association harmonique des efforts et des volontés, seule capable d'assurer à chacun les jouissances réservées aujourd'hui aux vainqt~eurs, que la lutte pour l'amour dans l'individu contre ses propres sentiments et non de l'individu contre ses rivaux prendra fin et que l'on verra surgir une noble émulation vers la beauté et les perfections mentales et morales devenues les uniques conditions de la préférence. La famille, alors, répétons-le, sera l'unité morale par excellence, et par ce côté conservera un caractère so~ial tout aussi essentiel qu'aux temps où elle fut l'unité écono- (1) V. la Propriété idéale. RevueSocialiste de janvier à juin 1897. -

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