La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE autant que pour la société dans laquelle el~e trouve ses conditions d'existence et ses garanties de sécurité et de durée, et sans laquelle elle ne serait rien, elle se complète par l'enfant. Bien que, dans la société idéale, la famille ne soit plus la cellule sociale, qu'elle ait cessé d'être une unité.économique, juridique et civique, que les devoirs attachés à la fonction de chef de famille aient disparu en même temps que ses droits, que l'œuvre d'éducation et la charge d'entretien des enfants incombent désormais à la societé, le couple amoureux n'est pas uniquement sa propre fin. Il se doit autant à lui-même qu'il doit à la société de ne pas s'enfermer dans l'égoïsme à deux dont il a été parlé dans un chapitre précédent. L'individu tend à devenir l'unique cellule sociale, mais la famille demeure, par l'amour, la cellule morale par excellence. Si l'individu acquiert cette autonomie, c'est par la conscience et l'exercice de son rôle de solidarité dans le concert social. La famille, pour sa part, ne conservera cette nécessaire autonomie morale que par la conscience et l'accomplissement de ce qu'elle doit à la société. Quel plus précieux gage de l'amour partagé que les fruits vivants de cet amour! Dans la famille contrainte et d'existence précaire de_ce temps, les enfants sont une lourde charge, un sujet d'appréhensions constantes. CotUbien, parmi ces chers êtres, sont les fruits d'un amour partagé ! Combien voient le triste tableau de la discorde conjugale amenée par l'inconscience amoureuse et les disconvenances qu'elle entraîne, aggravée par les besoins matériels d'une existence incertaine ou les cupidités non satisfaites de parents acharnés à jouir du présent! Combien, devenus grands, aspirent à la mort de ceux à qui ils doivent la vie, afin de jouir à leur tour des biens que leur procurera l'héritage familial! Et voici que la famille moderne, dans ses types les plus immédiatement et égoïstement conscients, restreint la mise au monde des enfants. Les moralistes, les économistes, les politiques, effrayé~ du péril de dépopulation, voient au mal plus de causes que de remedes. Pour les causes qui tiennent au régime de la propriéte, à l'incertitude du lendemain où sont les gens de petite bourgeoisie et les salariés supérieurs, il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Elles disparaîtront avec le régime social qui les produit. La limitation volontaire des naissances est un premier effort, tout spontané, vers une réglementation sociale, et elle ne constituerait un péril que si elle continuait à se produire par les mêmes causes, c'est-à-dire dans un milieu social condamné à demeurer dans l'état où il est présentement. Elle constituerait pour la France un péril si l'on n'avait observé que la limitation volontaire de la production des enfants se manifeste partout où se développent parallelement l'esprit de prévoyance et l'esprit démocratique. Donc, pour ce qui est des causes économiques et sociales de la dépopulation, il suffit, si on veut les voir disparaître, et avec elles les effets sociale-

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