La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA FAMILLE IDÉALE la femme. Les sens, associés au cœur et à la tête, font entrer la femme dans la plénitude des joies amoureuses. Elle s'égale ainsi a l'homme et celui-ci n'est plus l'unique poursuivant d'amour. Il ne peut plus dire à la femme : Donne moi ton corps, je te donnerai de l'argent. Ils se disent tous deux : Donnons-nous notre corps et doublons notre joie de notre joie récipr'oque. Mais si la femme, éveillée à la vie amoureuse compléte, imite l'homme et donne au plaisir des sens la prédominance qu'il ne doit pas avoir en amour, l'humanité est perdue. Qu'on n'oublie pas, de plus, que la femme est un être excessif et absolu, de par une éducation cent fois séculaire. Son organisation nerveuse, enfin, est autre que celle de l'homme, et la rend plus que lui résistante aux fatigues du plaisir. Ne voit-on pas, au bal, de frêles enfants fatiguer les plus robustes danseurs! Prenons garde que la danse amoureuse où vont entrer les femmes avec la fougue qu'elles apportent en toute chose, augmentée encore par l'attrait de la nouveauté et l'entraînement de l'exemple, ne fasse de l'amour de demain une ruée furibonde des sexes où s'épuiserait vite notre espéce. Seule la conception de l'amour idéal, de l'amour complet, conscient, où s'unissent à la fois et en un harmonieux accord le cœur, la tête et les sens, peut sauver l'humanité de ce péril. Que la femme se donne en toute liberté, pour prend,e sa part de la plus grande joie que connaisse l'humanité sensible, mais qu'elle se donne dans toutes les conditions de la liberté. Que nul calcul d'intérêt ou de situation ne vienne plus fausser le don d'elle-même. Pour cela, il faut que son émancipation sexuelle soit corrélative à son émancipation économique et sociale. Qu'elle connaisse son propre sentiment dans toutes les conditions qui le déterminent. Pour cela, il faut qu'elle ait la notion de l'amour complet, débarrassé de ses mystéres dus a notre ignorance, et qu'elle ne se décide à préférer qu'aprés avoir acquis la certitude de s'être autant que possible rapprochée de l'idéal que son cœur et sa raison avaient conçu. Elle a trop souffert de l'inconstance masculine pour que, par une stérile et périlleuse vengeance de sexe, elle lui substitue l'inconstance féminine. Ce n'est pas en mettant le monde a l'envers qu'il marchera mieux, mais en le perfectionnant dans la direction que lui indiquent à la fois la nature et notre raison éclairée. L'amour idéal se reconnaît à ceci : qu'il réalise si pleinement les conditions de la préférence, que les êtres qui ont eu le bonheur de lé trouver ne pensent même pas avoir la pensée de le chercher ailleurs. Il se-reconnaît encore à ceci : qu'il n'est pas fait d'aveuglement et de fureur, mais de clairvoyance et de sagesse; ce n'est pas pour ses défauts.' qu'il s'attache à son objet, mais parce qu'il sait que nul n'étant parfait, le plus digne objet d'amour luimême ne peut réaliser la perfection absolue. Mais la famille idéale ne se réduit pas au couple. Pour elle-même 1

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