LA REVUE SOCIALISTE conflits du cœur et de l'estomac, et combien, en un tel état, sont précaires les éléments de la moralité supérieure de l'avenir basée sur la liberté véritable, c'est-à-dire sur la spontanéité naturelle éclairée par la conscience et libérée des contraintes extérieures. D'autre part, et c'est le moment d'y revenir en insistant et en précisant, ce n'est pas sans appréhension que l'on doit considérer l'émancipation amoureuse de la femme, accomplie dans de telles conditions. Ces conditions économiques se modifieront certainement un jour de manière à assurer à la femme une plus complète liberté dans la préférence. Mais, de la période d'individualisme moral que nous traversons, la femme n'aura-t-elle gardé pour un long temps, dans l'avenir, des habitudes d'indépendance amoureuse qui n'ont que de lointains rapports avec l'amour idéal? Organiquement la femme est moins arde1Jte que l'homme au plaisir physiologique de l'amour; socialement elle fait, plus que l'homme, sa préoccupation principale des choses de l'amour. Il s'ensuit qu'il y a en elle une plus grande propension à la fidélité, le cœur et la tête, le cœur surtout, étant plus actifs que les sens. C'est là une précieuse sauvegarde pour l'avenir de l'amour parfait, un trésor qu'il faut se garder soigneusement de dissiper. Rappelons-nous que c'est à ce double état physique et moral de la femme qu'est due l'évolution de l'amour dans le sens de la pureté et de la beauté. Si la femme avait été dans notre espèce la femelle lascive que connaissent certaines espèces animales, l'humanité énervée languirait encore à l'état sauvage dans les forêts et les déserts. Or, ne le nions pas, la femme moderne, surtout la femme émancipée, veut, elle aussi, goûter aux plaisirs physiques de l'amour. C'est son droit et il n'y a dans l'exercice de ce droit nul péril pour elle ni pour la société, à la condition que la femme émancipée cesse de faire de l'amour sa principale, sit1on son unique préoccupation, à la condition que l'amour-passion, au lieu d'évoluer en amour-vice, évolue en amoursentiment. La liberté, encore une fois, ne consiste pas dans la faculté et le pouvoir de se nuire et de nuire à autrui, mais dans la connaissance et l'emploi des meilleurs moyens de faire son propre bonheur en l'accordant avec celui d'autrui, attendu que la liberté n'est pas un acquis individuel, mais un acquis social, et que là ou la société n'existe pas il n'y a pas de liberté, mais sujétion de. l'individu ignorant et désarmé aux forces intérieures et extérieures de la nature. Donc, si la femme veut continuer d'être un individu social, développer sa liberté et grandir dans notre respect et dans notre amour, il faut que dans la crise morale et sociale actuelle elle demeure l'actif agent d'idéalisation de l'amour qu'elle fut toujours. Ses sens se sont éveillés avec sa liberté. Encore une fois, il n'y a nul mal à cela. Le couple, ainsi, se complète et l'amour n'est plus la jouissance de l'homme par ,
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==