LA FAMILLE IDÉALE qu'il ne leur en faut aujourd'hui, ou l'on n'a qu'a tirer un billet de banque de son portefeuille pour prendre immédiatement place au banquet de l'amour physique. X LES DÉVIATIONS DE LA LIBERTÉ SEXUELLE On a observé que les femmes qui ont conquis une situation indépendante dans la société contractent une liberté de mœurs d'autant plus gra,nde qu'elles doivent davantage cette situation à leur effort personnel. Cela semble absolument naturel, et nul ne songe à se formaliser de voir les femmes artistes et les femmes de lettres masculiniser leurs mœurs: les amours successives et même les papillonnes semblent être un privilège de leur état, et on les considère avec raison comme de très honnêtes personnes. Puisqu'on ne jette pas le blâme sur les hommes qui règlent ou plutôt dérèglent ainsi leur vie amoureuse, il n'y a pas de raisons, en effet, pour que les femmes qui ont acquis l'indépen- , dance personnelle par l'art ou par les lettres soient plus mal considérées qu'eux. Ces mœurs de liberté amoureuse ne se limitent plus aujourd'hui au n1onde, en somme assez restreint, des artistes et des gens de lettres. Dans nos grandes villes de France et dans un certain nombre de centres industriels, une très grande quantité de femmes libérées des contraintes familiales suivent ouvertement les impulsions de leur cœur ou de leur fantaisie. L'opinion se fait de plus en plus indulgente pour ces_mœurs, à mesure qu'elles se généralisent. Dans l'état social actuel, elles constituent un péril grave. Seules, en effet, les femmes qui vivent de salaire possèdent l'indépendance person';lelle qui assure la liberté de leurs mœurs. Classées dans un milieu social plus réfractaire à la liberté amoureuse, celles qui possèdent un revenu ne peuvent - user de_leur indépendance qu'en se déclassant, et elles sont l'exception. Heureusement pour elles, car ces déclassées sont une proie facile pour c~rtains individus qui font de leurs avantages physiques un moyen d'existence. Mais parmi les femmes contraintes à vivre de s_alaire, combien en est-il pour qui ce salaire est suffisant? On sait trop qu'à travail égal, le salaire de la femme est presque toujours inférieur à celui de l'homme. Nécessairement, donc, dans les préférences amoureuses de la femme prétendue libre, un élément économique s'introduit pour les fausser. Dès lors, ou est la limite précise qui sépare une telle situation de celle de la prostituée ? Dans les hésitations de cette femme sollicitée d'amour, quelle part de calcul intervient pour vicier ou dévier la libre expansion de ses sentiments? On voit tout de suite quel semblant de liberté est laissé aux malheureuses dans ces /
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