La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA FAMILLEIDÉALE affirmaient et que bien peu pratiquaient, ce qui ajoutait un vice de plus a ceux dont l'humanité de son temps était affiigée : l'hypocrisie. De plus, il comptait, et il avait le droit de le faire, sur la liberté pour la répression de l'abus. Il donnait à l'opinion publique une puissance de moralisation qu'elle posséde en effet. Ceux donc, d'entre les phalanstériens, qui étaient atteints de ccpa.pillonne » n'avaient point a recourir au mensonge pour satisfaire leur instinct; ils trouvaient en celles qui avaient la vocation d'être des courtisanes les gracieux objets de leurs plaisirs. On dira : Pourquoi n'en serait-il pas de même dans la société idéale? Rien ne s'y opposera, que nous-mêmes. Nous pourrons certes papillonner autour des femmes à tempérament de courtisanes si nous sommes atteints de papillonne. Mais il reste à savoir s'il y aura beaucoup de papillons et beaucoup de courtisanes dans la cité future. Il en restera, certes, et nul ne songera à contrarier leurs ébats. Mais ils existeront comme échantillons, ou plutôt comme résidus, d'un type social antérieur, comme des individus qui ne voient dans l'amour que l'accomplissement du besoin sexuel et s'en tiennent aux conditions inférieures de la préférence. Et la preuve qu'ils ne réaliseront pas toutes les conditions de la préférence sera justement dans leur papillonne, ,!ans leur amour du changement. Quiconque, en effet, a réalise son idéal, s'y tient, et ne poursuit pas outre. Celui qui a conquis l'objet de ses désirs ne se remet pas en chasse. Que si l'on objecte que la marque de supériorité de l'homme est justement l'insatiabilité, et qu'a vouloir réaliser le couple perpétuel idéal on risque de faire choir l'amour dans le pot-au-feu, il peut être répondu que l'amour idéal ne risque pas de telles chutes, à peine de n'être plus l'amour idéal. De l'être aimé, on accepte tout, on supporte tout, on embellit tout, ou bien il n'est pas l'être aimé. Dire que la satiété épuise l'amour, c'est avouer la pauvreté de cœur et d'esprit des amants et leur peu de vigueur a s'élever vers l'amour idéal. L'amour actuel est un combat perpétuel : il vit de défensives et d'offensives, d'inquiétudes et de suspicions. Il reproduit dans le monde moral la lutte que nous voyons régner dans le monde social. Mais qui ne voit que, de même que dans le monde social la lutte tend sans cesse à se résoudre en accord, de même dans le monde moral et affectif l'état de lutte pourra disparaître pour faire place à l'harmonie. Nous avons vu, en effet, dans l'examen des conditions économiques de l'avenir, que l'égalité ne se fera pas entre les hommes en les ramen~nt tous à l'état de misére où nous voyons l'immense majorité d'entre eux, mais en élevant cette majorité au niveau du bien-être où seulement une minorité est parvenue aujourd'hui. Est-ce à dire qu'élevés à ce niveau, les malheureux d'aujourd'hui emprunteront aux

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==