La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE LA FAMILLE IDÉALE (Suite et_fin) IX (suite) CARACTÈRE SOCIAL DE L'UNION SEXUELLE On saisit ici sur le vif l'évolution du sentiment amoureux. Il va s'épurant à mesure que la femme accroît sa personnalité et son indépendance. L'idéal, pour l'homme, n'est plus de satisfaire son instinct sexuel au moyen d'un plus grand nombre et d'une plus grande variétéd'amantes, au besoin transformées en victimes, mais d'être aimé, à l'exclusion de tout autre, de celle qu'il préfère à l'exclusion de toute -autre. Don Juan cesse d'être le modèle amoureux, de quelque idéafité qu'essaient de le parer encore certains artistes de la littérature érotique. Vainement, en effet, ils ont essayé d'intellectualiser cet étalon de la s~rilité, dont l'amour cesse dés qu'il est satisfait, et de le montrer comme un amateur de sensations sans cesse diversifiées, comme un curieux acharné à la culture de son moi par l'épreuve de toute la gamme des sentiments; cet érotomane, si cérébralisé qu'il soit, et le fût-il jusqu'à l'impuissance sexuelle, ce qui lui ôterait d'ailleurs toute excuse, est désormais un type heureusement aboli et qui bientôt ne relèvera plus que de la pathologie. Fourier croyait à l'éternité de ce type. Dans la furieuse et noble joie qu'il éprouvait à classer les passions et à chercher leur utilisation sociale et personnelle, il allait jusqu'a constituer en passions distinctes des modalités, des états transitoires, des déviations même de passions essentielles. On ne peut reprocher a Fourier de n'avoir pas eu le sens de l'évolution et d'avoir considéré l'homme comme u·n être immuable. Il voulait que cet homme immuable fit de sa vanité, de sa paresse, de sa gourmandise, de sa paillardise, les moyens de sa propre joie et de la joie de tous. Il réagissait ainsi, avec une admirable et judicieuse énergie, contre la morale de privation et de renoncement que tous

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