La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

- s'IL Y EUT DU SOCIALISME DANS LES CAHIERS DE 1789 66 5 bases mêmes de la socicté; et celles qui nous paraissent avoir un caractere socialiste sont inspirées de certaines habitudes courantes de la monarchie : pour le salut de son peuple, le roi, maitre absolu de son royaume, avait le droit de les suivre sans qu'aucune théorie nouvelle dût les légitimer. Parmi les vœux innombrables qui sont présentés, il n'en est pas qui tendent à la d'estruction de l'inégalité sociale dont la propriété est la base. Moins significatives, les brochures ne sont pas beaucoup plus socialistes; en les étudiant il faut de plus faire la part de la déclamation habituelle aux philosophes dont ~lies reproduisent le langage: Necker, qui n'était certes pas un révolutionnaire, est aussi hardi en paroles que Rousseau. Il y avait eu au dix-huitiéme siècle un abondant dilettantisme d'utopie sociale; la sensibilité allait jusqu'à un socialisme appa• rent; les lieux communs prenaient des formes de paradoxe; pour demander les réformes les plus modestes, on se croyait tenu d'établir les principes les plus subversifs et de proférer les imprécations les plus formidables. Quelque chose de cet esprit apparaît évidemment dans certaines brochures de 1789, et il faut s'étonner qu'il n'y soit pas plus fréquent. Une vingtaine à peine dans cet ordre d'idées méritent d'attirer notre attention. La plupart sont révolutionnaires comme les écrits de Montesquieu et de Rousseau, c'est-à-dire tout à fait inconsciemment ; et leurs auteurs eussent été effrayés les premiers des conséquences possibles de leurs principes. Il y en a toutefois quelques-unes qui ne se contentent pas de déclamer, mais gui demandent des réformes sérieuses. Chez quelques autres, il y-a vraiment l'écho menaçant de la voix d'un peuple qui souffre; mais l'hiver était dur, le pain cher, la misère effroyable; c'est le cri de la faim, non celui de la révolte que l'on entend; la faim fait des émeutes, non des révolutions sociales. Quelques hommes enfin furent imbus d'un véritable esprit égalitaire et communiste et souhaitèrent une transformation radicale de la société. A vrai dire, parmi ·ceux que nous connaissons, six seulement méritent d'être mentionnés : Gasselin et Retif, utopistes égalitaires, religieux et conservateurs; Chappuis, un toqué; Sylvain Maréchal, un littérateur; Babeuf, hardi théoriquement, mais bien modéré pratiquement; Boissel, dont les espérances vont vers un avenir indéterminé. A part Retif de la Bretonne, connu pour d'autres raisons, tous étaient inconnus; Retif fut terrifié par la Révolution, probablement Gasselin de même; Chappuis fut un modéré; Marcchal et Babeuf, qui furent plus hardis, étaient en 1789 les plus pessimistes; l'écrit de Boissel ne fut remarqué qu'a cause de ses idées antireligieuses. Tout cela est vraiment bien peu de choses. . En résumé une vingtaine d'écrits d'esprit ou de style vaguement socialiste; cinq ou six autres où la tendance est plus précise; telle

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