666 LA REVUE SOCIALISTE est la place du socialisme dans les quatre mille brochures, qui avec les cahiers expriment les vœux de la France en 1789. En supposant même, comme il est certain, que quelques pièces m'aient échappé, on peut affirmer en toute certitude que le socialisme y fut a peu près insignifiant. Il n'y en a pas, a vrai dire, dans les vœux de 1789. Il y a quelques germes vagues, ténus et dispersés que, seules, pourront développer des circonstances particulières. Il y a la trace visible d'idées qui peuvent favoriser le socialisme : foi dans la raison pure, la toute-puissance de l'Etat, etc. Il y a la volonté de supprimer des privilèges qui pour certains semblent des propriétés légitimes. Il y a en somme le souvenir et l'influence de toute la philosophie du dix-huitième siècle. Enfin il y a dans le peuple des souffrances réelles que ne calmeront pas l'égalité civile et les réformes politiques. Il n'y a pas de socialisme exprimé; on peut toutefois, a la rigueur, deviner un socialisme latent qui peut• être pourra se manifester. Aussi n'est-ce pas sans quelque étonnement que l'historien, ayant étudié le mouvement de pensée de 1789, constate ensuite combien la Révolution, ainsi commencée, a cependant été réellement et profondément précurseur àu socialisme. Sans doute elle a multiplié la petite propriété et affranchi l'individu. Il suffit pourtant, pour faire comprendre que son rôle doit encore être envisagé autrement, de • rappeler qu'elle a pour la première fois montré comment, grâce a une conception modifiée du droit de propriété, une classe pouvait en déposséder une autre de ce qui jusque-la avait été considéré comme une possession légitime; qu'elle a vu éncincer pour la première· fois en France par des homm,es d'État des idées égalitaires et communistes et assister a la première tentative de les mettre en pratique; qu'enfin, ayant tranché les questions civiles, politiques, religieuses, etc., qui préoccupaient les esprits en 1789, elle a pour la première fois attiré l'attention des modernes sur ce que nous appelon§,la question sociale, montrant pour la première fois la société divisée non plus en· priviligiés et en roturiers, mais en riches et en pauvres, portés les uns et les autres vers des conceptions économiques opposées. L'étude/de la Révolution française au point de vue socialiste est féconde en enseignements plus variés qu'on ne croit souvent et donne matière a des réflexions qui, pour être historiques, n'en ont pas moins bien souvent un caractère de brôlante actualité. ANDRÉ LICHTENBERGER.
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