662 LA REVUE SOCIALISTE Audiffred, et qu'il offrit à l'Assemblée nationale. Le Cadastreperpétuel, tel était le titre de l'ouvrage, a pour but de donner un moyen de répartir équitablement les charges publiques. A ce titre il nous touche peu, mais il est précédé d'un Discourspréliminaire où Babeuf laisse entrevoir quels vœux plus hardis il souhaiterait de voir se réaliser : « Celui, dit-il, qui, jouissant d'un honnête nécessaire, ne borne point son ambition devrait être regardé comme le spoliateur de la légitirfle des autres. » Le pauvre qui demande << a le droit de toujours demander, jusqu'à ce qu'il ait obtenu une raisonnable suffisance ». Les hommes étant naturellement égaux en droit, le pacte social devrait remédier aux inégalités de fait possibles. Or, au contraire, les lois sociales ont été faites pour permettre aux forts et aux rusés d'accaparer les propriétés communes. Ils ont entassé pour leur usage ce qui suffirait à des milliers de leurs semblables. Les petites fortunes se sont englouties dans les grandes, qui ont pu croître indéfiniment. Le nombre des ouvriers s'est augmenté; leur salaire a baissé; souvent même ils ne trouvent point de travail. Dans' ce cas, si sur vingt-quatre millions d'hommes, quinze ne possédent rien, et souffrent, faudra+il qu'ils respectent la propriété et qu'ils meurent de faim pour l'amour des neuf autres, « en reconnaissance de ce qu'ils les ont totalement dépouillés? » Peut-être ne se résigneront-ils pas toujours; « il vaudrait mieux que la classe opulente s'exécutât envers eux de bonne grâce que d'attendre leur désespoir ». Tous les états devront être également estimés, chacun contribuant selon ses moyens au bien général. Tous ayant les mêmes droits, devront avoir même aisance. « La terre, mére commune, eût pu n'être partagée qu'à vie, et chaque part rendue inaliénable, de sorte que le patrimoine individuel de chaque citoyen eût toujours été assuré et imperdable. » Cette égalité idéale est remplacée par la plus effroyable inégalité. La nature ue produisant que le strict néces - saire pour la subsistance de tous les hommes, le superflu des uns est forcément pris sur le nécessaire des autres. Ceux qui n'ont rien ont le droit de protester, comme un pupille devenu majeur peut dépouiller un tuteur infidele. Les riches ont garrotté le peuple, l'ont abruti de superstitions. La premiére réforme nécessaire sera de l'instruire et de l'éclairer et de rendre uniforme pour tous l'éducation, afin que les savants ne puissent opprimer les autres. Avant la grande réforme de l'avenir, qui devra commencer ainsi, on ne peut apporter au mal que des palliatifs. Le plan du cadastre n'est pas autre chose. Moins hardi au point de vue pratique et immédiat que Gosselin ou Retif, Babeuf a bien plus qu'eux un accent véritablement socialiste. Son Cadastre perpétuel est loin d'être un appel à la révolution; mais il indique la plupart des idées qui guidérent les conjurés de 1796
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==