660 LA REVUE SOCIALISTE grand nombre de personnages connus, en leur présentant un plan, non plus égalitaire, mais communiste, qui attestait, en même temps que sa bonne volonté, la faiblesse de son cerveau destiné d'ailleurs bientôt à se fêler. La Providence, dit-il, a dû évidemment tout disposer en vue du bonheur de l'homme : le nier serait d'une affreuse impiété. Comme la plupart des hommes sont malheureux, c'est que l'ordre qu'elle voulait voir régner n'a pas été ctabli. En effet, la création de la propriété individuelle a été une erreur funeste d'où sont découlés tous les maux gui font souffrir actuellement le monde. Pour établir le bonheur uni\'ersel il faut donc la supprimer et suivre le plan formulé par Chappuis, « raisonnable mortel..., intact et lumineux ». La France sera divisée en carrés de 2,000 toises de côté. Chacun aura au centre un hôtel qui logera pour commencer r,050 habitants. Mais la population croîtra bientôt fort au delà de ce chiffre, car, afin d'èYiter qu'il se crée des liaisons particulières, il y aura un roulement perpétuel des hommes et des femmes gui stimulera ardemment la reproduction. Les détails de la construction de l'hôtel, des cultures et des industries qui seront pratiquées dans chaque territoire, le système d'éducation, l'organisation de l'armée, de la vie commune avec tous ses avantages et toutes ses nécessités, tout est fixé par Chappuis ayec le plus grand soin. La cour aura un carré de 8,000 toises de côté et toutes les splendeurs y seront réunies. Dans un pays ainsi organisé, où totitse fera en commun, le bonheur sera général, l'inégalité abolie, et les nations étrangcres n'auront rien de plus pressé que d'imiter une constitution aussi parfaite. Pendant toute la Révolution, Chappuis ne cessa de compléter et de perfectionner son plan, n'y voyant à vrai dire qu'une seule difficulté : le développement exagéré que prendrait sans doute la population; mais il y remédiait en établissant dans ses phalanstères les rcgles d'un malthusianisme tout à fait rigoureux. Malgré sa folie, Cbappuis ne songeait pas à employer la violence pour réaliser son utopie, et il semble même qu'il blâma vivement la conjuration des Égaux. Mais, avant r 789, en revanche, on voit poindre les idées égalitaires et communistes de deux des conjurés futurs, et non des moindres : de Sylvain Maréchal et surtout de Babeuf; seulement, chose curieuse, tandis que les réformateurs que nous venons d'indiquer croient leurs rêves réalisables, ils sont plus pessimistes et désespèrent presque de voir leurs vœux exaucés autrement que dans un avenir indéterminé. • Dans ses Apologues modernes à l'usage d'un dauphin (1788), Sylvain Maréchal publiait les pièces les plus violentes contre l'inégalité. « Le chaos, qui, dit-on, précéda la création, n'était rien sans doute en comparaison de celui qui règne sur la surface de ce monde créé, et l'enfer,
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