La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE absolument injuste et l'on serait en droit d'exiger que toutes les terres fussent réunies en commun, non pour être régies ainsi, car l'état de communauté est impossible, mais pour être p:irtagées également comme à Sparte. Peut-être une mesure aussi radicale contre des abus invétérés serait dangereuse. On arrivera à la même fin par d'autres moyens plus doux. On reprendra les friches et landes, les terrains incultes depuis dix ans et on les distribuera à des colons pauvres, pris généralement comme à Rome parmi les anciens soldats; on fera de même des biens domaniaux et des biens du clergé; les pauvres qui recevront ces derniers paieront un cens à l'État et au clergé qui n'en a jamais été que l'économe. Pour dépecer les biens des grands propriétaires, l'État consacrera chaque année dix millions à en faire des acquisitions qui seront réparties de même. Pour éteindre la dette publique, on lèvera un impôt progressif sur la fortune des particuljers qui seront divisés en dix catégories. Par tous ces moyens une heureuse égalité sera établie en peu d'années. Pour la niaintenir, on déclarera indivisibles et inaliénables les lots de terrain. Chacun sera suffisant pour faire vivre une famille, nul n'en pourra posséder deux ni perdre le sien. Chaque enfant sera pourvu d'un lot par l'État, le plus jeune seul héritant géncralemcnt du père. A défaut d'enfant, ce seront les parents les plus proches, dénués de propriétés, qui seront constitués héritiers. Sous ce régime néo-lacédémonien, l'âge d'or renaîtra. Quelques arts raffinés disparaîtront sans dommage. Il ne subsistera qu'une inégalité très faible résultant de l'exercice de l'industrie. Les prêtres seront salariés. Le peuple sera instruit. La population croîtra rapidement. L'excédent ira fonder ailleurs des 11ations nouvelles modelées sur celle-ci. Une critique assez vive de la physiocratie et des réflexions renouvelées de Necker et de Linguet complètent le plan social de Gosselin. Ce qu'il présente de plus saillant est peut-être la foi complète de l'auteur dans la possibilité de le réaliser pratiquement. C'est bien un projet de constitution qu'il a respectueusement prétendu offrir au roi (r). On trouve le même esprit chrétien et égalitaire dans le T/Jes1110graphe de Retif de la Bretonne, le célèbre romancier moraliste et pornographe. Noilliac, l'auteur fort inconnu d'une brochure intitulée Le plus fort despamphlets, l'ordre despaysansaux Etats-Généraux, ou sont prônés l'impôt progressif, la diffusion de la richesse, le morcellement des fortunes particulières, etc., s'écriait en parlant de la constitution (1) V. sur Gosselin André Lichtenberger. Le Socialismeutopique, 1898, p. I 32 et suiv.

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