S'IL Y EUT DU SOCIALISME DANS LES CAHIERS DE 1789 657 V Est-ce à dire que dans la production brochurière de 1789 il n'y ait absolument' aucune velléité de socialisme communiste ou égalitaire? Assurément non. Il était impossible que des hommes élevés dans la lecture des philosophes, imprégnés des idées de Rousseau, confiants dans la bonté naturelle de l'homme, imbus autant par les théories philosophiques i la mode que par la' tradition absolutiste de l'ancien régime du principe de la souveraineté absolue de l'État, n'allassent pas, au moment où la France était appelée à se régénérer, jusqu'i souhaiter la réalisation complète et peut-être prochaine des cités idéales qui, depuis cinquante ans, s'échafaudaient dans le roman et dans la littérature politique. De tels vœux étaient inévitables, et si quelque chose peut étonner, c'est qu'ils aient été aussi rares et aussi timides. Car il faut bien chercher pour les trouver exprimés avec quelque netteté. « Le besoin et le droit sont une seule et même chose», dit l'auteur, d'ailleurs très conservateur, d'une brochure adressée au roi ·sous le titre d'Essai sur les droits des hommes, des citoyws et des 11atio11s. Le besoin est le titre originel de toute propriété, et le droit de propriété de chacun est borné par le droit d'autrui. « On conçoit qu'une fortune exorbitante n'est peut-être qu'un crime public ou du moins qu'une injustice commune partout consacrée. » Le partage des terres aurait dô être égal; l'inégalité excessive que nous voyons régner est la -plus grande injustice du monde. Des principes analogues avaient été professés deux ans plus tôt, mais avec des conséquences plus graves et plus étendues, par un pacifique utopiste nommé Gasselin, fils de paysans, religieux et royaliste, qui, sur le ton le plus doux, avait énoncé, en matière de propriété ( 1), des idées compatibles à celles de Spense son contemporain anglais. L'homme né pour le bonheJar est partout malheureux. Un retour à la nature est impossible. Le s~l remède est que les biens « soient partagés de telle sorte que tous en travaillant puissent y trouver une subsistance assurée ». Il faut remplacer l'inégalité actuelle par un état de médiocrité généi;ale. Toute la terre en _effet appartient i Dieu qui en a fait les hommes usufruitiers en raison de leurs besoins. Tout homme a droit, non seulement à la subsistance, « mais encore à toutes les choses qui peuvent contribuer à l'aisance et au bonheur par le travail ». Nul n'est possesseur légitime qu'autant que tous les autres ont leur part assurée. L'ordre actuel de la propriété est donc (1) Réflexions d'un citoyen adresséesa11x110/ablt.s.. (1787). 4 ,
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