La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

S'IL Y EUT DU SOCIALISME DANS LES CAHIERS DE 1789 653 Marat intitulé La Constitutio1tou Projet de déclaration des droits de l'hommeet du citoyen,mivi d'un plan de Constitutiolljuste, sage et libre. Après avoir décrit avec un enthousiasme inquiétant les droits primitifs de l'homme qui, dans l'état de nature, vont jusqu'à l'anthropophagie, il montre comment il s'en dépouille dans l'état de société et doit renoncer à une égalité absolue. Toutefois, « la loi doit prévenir l'exces d'inégalité des fortunes en leur fixant des limites qu'elles ne puissent franchir ». Si cette précaution est négligée, au moins doit-on assurer aux non-propriétaires la subsistance, le vêtement, le logement et des ressources en cas de maladie. Dans certains cas, l'homme qui possède un superflu abondant devra en consacrer une partie à soulager ceux qui manquent du nécessaire; et, si l'inégalité est par trop criante, peutttre sera-t-il prudent de distribuer une partie des biens des regorgeants parmi les plus pauvres, car l'homme privé de tout recouvre son droit de nature et a le droit de revendiquer les avantages qu'il n'a aliénés que pour en obtenir de plus grands. Voilà assurément un langage hardi. Mais Marat en modere la portée par mille restrictions et, somme toute, il estime que ce qu'il aurait pu arriver de plus heureux à la France eût été que Montesquieu,« le plus grand homme qu'ait produit le siècle et qui ait illustré la France », ou Rousseau lui eussent donné une constitution. Elle « serait tout ce que lè génie, la sagesse et la vertu pourraient faire de plus parfait ». Or, on sait combien prudents étaient Montesquieu et Rousseau quand il s'agissait de légiférer. Il ne faut pas se laisser abuser par les déclamations de Marat et de quelques-uns de ses contemporains; leur « sensibilité » emphatique et théorique entraînent fort peu de conséquences matérielles immédiates. Quelques brochuriers ne se contentent pas de ces observations générales. Ils se livrent à des doléances véhémentes et plus précises en faveur de ce quatrieme état qui n'a pas été appelé à faire entendre sa voix aux États-Généraux. La Sentinelle du peuple, de Monsodive, s'indigne que « douze à _quinze cents citoyens se fatiguent toute l'année pour le repos d'un seul homme ». Lambert, auteur de plusieurs brochures humanitaires, entre autres du Cahier des pauvres, avertit séverement les riches d'assurer la subsistance des pauvres. L'électeur anonyme qui adressa ses vœux à la Cümm11nede la ville de Paris ( 1) insiste sur l'infériorité du travailleur dans la lutté du salaire et du capital; il faut qu'une « part héréditaire dans nos biens mobiliers » soit consacrée au soulagement des malheureux. Il y a dans ,,.. Paris aujourd'hui ou idées diversesd'un citoyen du tiers-état un noir tableau de la misere de la ville ou d_e « lâches anthropophages acca- (1) Chassin. Les Élections et lescabiersde Paris, t. II, p. 595. 1 1

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