LA REVUE SOCIALISTE qui tin~rent de ces critiques des demandes pratiques vraiment attentatoires à l'ordre de choses existant, sont en nombre encore infiniment plus restreint. Nous allons jeter un coup d'œil rapide sur les plus importants. On jugera aisément de leurs traits caractéristiques. On peut les diviser en deux catégories : les modérés, ceux dont les critiques et les vœux n'appellent pas une réforme sociale complète; et les radicaux, c'est-à-dire ceux, non pas seulement qui veulent un bouleversement immédiat de l'Etat (il n'y en a guére que deux ou trois) mais qui formulent des principes égalitaires et communistes et en rêvent vaguement la réalisation pour un avenir indéterminé ( r). Dans la première classe, plusieurs brochures se contentent de genéralités et exposent, à la manière de Montesquieu, de Linguet et de Rousseau, les vices de la société et les droits communs à tous les rommes. Un certain Leroy de Barincourt déclare que seul l'assentiment général a pu légitimement établir la propriété, que fonderaient insuffisamment le droit du premier occupant et le travail. La nation assemblée serait donc en droit de l'abolir, s'il lui plaisait. Mais une telle mesure aménerait de grands troubles; l'état de communauté n'a pu subsister nulle part; les abus de la propriété, étant couverts par la prescription, ne sauraient être abolis sans injustice. Ces raisons doivent engager à la respecter. Mais, en revanche, il est indispensable que la société assure à chaque citoyen le nécessaire par le travail et en cas de maladie: « Ce dernier trait, il est important de l'observer, n'indique pas seulement un avantage que la société donne lieu d'espérer, il rappelle une dette qu'elle est indispensablement tenue d'acquitter; il rappelle une condition inhérente au droit de proriété public et particulier» (2). On trouve des réflexions analogues dans plusieurs ouvrages : le Catéchismedu Citoye11, de Saige, montre les inconvénients de l'extrême inégalité; le Discours sur l'inégalité, d'Olympe de Gouges, déplore que les hommes aient dévié de leurs tendances primitives. Le Tartare à Paris, de l'abbé André, critique avec véhémence les abus monstrueux de la société moderne bâtie sur la propriété, l'égoïsme et l'avidité. L'auteur des Soixante articles revendique les biens imperdables et imprescriptibles de l'homme. « Ce sont ceux qui intéressent essentiellement la conservation de soi-même et sans lesquels on est détruit ou exposé à l'être » (3), c'est-à-dire la liberté et la subsistance. Malgré quelques violences de plume, il n'y a guère autre chose dans l'ouvrage de (1) Sur la plupart de ces brochures, voir pour plus de detail André Lichtenbcrgcr, Le Socialismea1tdix-lmitième siècle, p. 42 5 et suiv. (2) Le P,-iucipefo11damt11fad/u droit des souverai11s, 1788, t. II, p. 266; cf. du même auteur, La Mo11at·c/Jpiearfaite, 1789, p. 42-43. (3) Les Soixante articlts,J789, p. 2r.
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